Le profil des jeunes ruraux garde quelques traits particuliers face aux urbains. Ces jeunes s’orientent plus vite vers une formation professionnelle : 59 % des jeunes ruraux ont un emploi, soit 10 % de plus qu’en milieu urbain. Les catégories populaires (ouvriers, employés) sont surreprésentées. Le taux de chômage est un peu plus bas (25 % contre 27 %). En revanche, la catégorie des sans-emploi et sans-formation atteint 24 % ! Et les demandeurs d’emploi sont pour les deux tiers des demandeuses d’emploi. Selon une enquête, un tiers des jeunes sans emploi disent n’avoir pu se rendre à un entretien d’embauche faute de moyen de transport. La mobilité reste un vrai souci. Enfin, les jeunes ruraux sont plus engagés dans la vie associative que leurs homologues des villes : 18 % contre 13 %.

Une compétence obligatoire

Dans les territoires ruraux, les élus ont soigné leurs politiques pour la petite enfance et l’enfance. Mais la tranche des 16-29 ans, souvent pas très bien vue, est peu présente dans leurs préoccupations. Alors que neuf communes urbaines sur dix en font une priorité, selon une enquête réalisée dans l’Ille-et-Vilaine, seule une sur quatre en font état en milieu rural.

Danièle Even, agricultrice dans les Cotés-d’Armor, et présidente de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor et Bertrand Coly (MRJC) (1) sont les rapporteurs de l’avis du Cese. Selon Danièle Even, il faut que « la compétence jeunesse devienne une compétence obligatoire au sein des communautés de communes et qu’elle soit inscrite dans le code général des collectivités territoriales ». Elle propose que chaque communauté de communes élabore un projet « Jeunesse de territoire ».

Des campus ruraux

Le Cese préconise aussi de créer des campus ruraux, espaces affectés à l’innovation et à la conduite des projets de jeunes qui rassembleraient toutes les énergies autour de cette question. Ces campus seraient mis en place dans des structures déjà existantes. Là où il n’y a rien, elles seraient à créer. Enfin, le Cese propose de rédiger un pacte « jeunes ruraux » dans le cadre des comités interministériels aux ruralités, déclinés via les contrats de ruralité. Il s’agit, dans le cadre des contrats existants, de mobiliser autour de cette question de l’ingénierie de projet, de poser la question d’égalité homme-femme, de s’attaquer au problème de la mobilité et de diversifier les formations de proximité.

Selon Bertrand Coly, qui reprenait une étude de la Haute-Marne, « il y a trois sortes de jeunes en milieu rural : ceux qui s’y sentent piégés, ceux qui le vivent comme un refuge et ceux qui y voient comme le lieu des possibles ». « Aidons les jeunes à faire le choix de rester, voire de revenir. Moins il y a de services, plus les jeunes ont des doutes sur leurs élus. Aujourd’hui, moins il y a de jeunes, moins on en tient compte. Alors qu’ils sont l’avenir. » D’où cette idée phare de compétence obligatoire.

Le projet d’avis du Cese était discuté mercredi après-midi. Il sera soumis au vote, en présence de Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

M.-G. Miossec

(1) Mouvement rural de jeunesse chrétienne.