Le Parlement européen a voté le 14 juin pour les mesures de simplification du verdissement de la Pac proposées par la Commission européenne, qui prévoient notamment l’interdiction des pesticides dans les surfaces d’intérêt écologique (SIE). Ce vote intervient en dépit de l’avis de la commission agriculture du Parlement, pour qui cette interdiction « menacerait une production durable de protéines en Europe ».

Pour France Nature Environnement (FNE), cette décision est « un pas en avant pour la crédibilité de la Pac et la biodiversité ». La fédération d’association de protection de la nature et de l’environnement estime, dans un communiqué paru le 14 juin, que « les enjeux environnementaux semblent commencer à s’inscrire parmi les priorités d’une partie des acteurs dans un contexte où l’urgence de la transition agroécologique s’avère en fait incontournable ». Cependant, elle reste prudente, car « sur les 630 eurodéputés qui ont pris part au vote, seuls 267 ont voté pour la protection de la biodiversité ».

Pour la délégation socialiste française du Parlement européen, « il est urgent de favoriser une agriculture durable qui préserve la biodiversité et protège la santé des Européens ». Cela passe par une réduction de la place des pesticides et leur interdiction sur les surfaces d’intérêt écologique à vocation productive, qui représentent « moins de 8 % des terres arables en Europe », indique le groupe des Socialistes & Démocrates (S & D) du Parlement européen dans un communiqué publié ce mercredi.

La Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux) estime, elle, que ce ne sont pas des surfaces protégées mais jusqu’à 5 % de surfaces arables retirées de la production agricole.

La Fop indignée

Pour la Fop, cette décision, qui renie « l’intérêt des légumineuses productives au nom de la protection de l’environnement », c’est désormais « l’incompréhension et l’incertitude » qui prédominent. Le syndicat « s’indigne de cette décision et s’interroge quant aux réelles ambitions de répondre aux besoins de l’élevage européen ».

« Alors que ces dispositions favorisaient la diversité des assolements, participaient à la réponse contre le changement climatique et créaient une source d’approvisionnement en protéines locales pour l’élevage européen, la décision européenne interroge quant aux attentes à l’égard de la production agricole » indique le syndicat dans un communiqué paru ce mercredi.

Les protéagineux « torpillés » pour la Coordination

De son côté, la Coordination rurale et l’organisation des producteurs de grains (OPG) regrettent que les députés européens aient pris une décision qui « torpille » les protéagineux en suivant « une logique idéologique », sans prendre en compte « l’intérêt écologique de ces cultures fixatrices d’azote ». Selon les syndicats, « cette décision aberrante dissuadera les agriculteurs de cultiver des protéagineux qui risquent donc de retomber dans la liste des cultures mineures. »

Pour une stratégie européenne pour l’indépendance protéique

Le groupe S & D, qui se félicite de cette victoire, réfute aussi les « arguments de la droite pour laquelle cette mesure porte atteinte à la production de protéagineux et de légumineuses ». Selon lui, « la question de l’indépendance en protéines végétales est vitale, mais ne se réglera pas uniquement à travers les SIE ».

L’indépendance protéique nécessite « une vraie stratégie européenne […] afin de réduire nos importations de soja destiné à l’alimentation animale et trouver des solutions pérennes qui ne nuisent pas à l’environnement ». L’eurodéputé Jean-Paul Denanot prépare actuellement un rapport sur ce sujet. « Il est fondamental de réserver les surfaces d’intérêt écologique pour ce à quoi elles sont destinées : préserver la biodiversité et les pollinisateurs, essentiels à notre agriculture », estime-t-il.

A.Cas.