Les Suisses vont voter, d'ici deux ou trois ans, sur l'interdiction de la spéculation sur les matières premières agricoles et les denrées alimentaires, un projet défendu par le mouvement des Jeunes socialistes.

Les militants ont réussi à récolter les 100.000 signatures nécessaires pour organiser un référendum sur cette question, selon un communiqué publié mercredi par la Chancellerie fédérale à Berne.

Le texte sur lequel les Suisses vont être appelés à voter s'intitule : « Pas de spéculation sur les denrées alimentaires ». Il demande l'interdiction de tout investissement, direct ou indirect, dans des instruments financiers liés aux matières premières agricoles et aux denrées alimentaires, sous peine de sanctions pénales.

L'interdiction, qui frapperait les sociétés de négoce ayant leur siège ou une succursale en Suisse, vaudrait aussi pour la vente de produits structurés. Seuls des contrats avec des producteurs et des commerçants et portant sur la garantie des délais ou des prix fixés seraient autorisés.

« Un tiers de la spéculation mondiale sur les matières premières a lieu en Suisse », a déclaré à l'AFP un porte-parole du mouvement des Jeunes socialistes. Les sociétés de négoce sont surtout présentes dans les cantons de Genève et de Zoug. Pour Fabien Molina, président des Jeunes socialistes, « on ne joue pas avec la nourriture ».

Selon une étude de l'ONG suisse Alliance Sud, la spéculation sur les denrées alimentaires est actuellement 33 fois plus importante qu'il y a dix ans. En 2003, les investisseurs financiers avaient investi 13 milliards de dollars sur les marchés des dérivés des matières premières. Au printemps 2013, ces investissements s'élevaient à 430 milliards.

Selon le système de démocratie directe en vigueur en Suisse, un référendum peut être organisé sur un sujet précis si 100.000 signatures sont récoltées parmi les électeurs.

C'est la deuxième fois que le mouvement des Jeunes socialistes dépose une initiative populaire, après celle intitulée « 1:12 » sur la limitation des salaires. Ce texte, que les Suisses ont rejeté en novembre 2013 à une majorité de 65,3 %, demandait que le salaire le plus élevé dans une entreprise soit au maximum 12 fois plus élevé que le salaire le moins élevé.