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Les « grandes cultures » n’ont pas le moral

Sondage Ifop - Les « grandes cultures » n’ont pas le moral
Le changement climatique est perçu par les agriculteurs comme très préoccupant pour leur avenir. © Jean-Michel Nossant

Deux tiers des agriculteurs qui travaillent dans le domaine des grandes cultures déclarent ne pas avoir le moral, alors que la majorité des éleveurs de porcs et de volailles se disent optimistes, selon un sondage Ifop-Ouest France.

« L’état d’esprit et le moral varient du tout au tout chez les agriculteurs, selon la région et le type de production », observe Jérôme Fourquet, de l’Ifop. À l’occasion de la deuxième journée des Assises de l’agriculture et de l’alimentation, organisé les 15 et 16 octobre 2019, à Rennes, le politologue a présenté les résultats d’un sondage mené par l’Ifop pour Ouest-France, sur le moral des agriculteurs.

Moral en berne pour les céréaliers

Or, la palme de l’optimisme revient à la viticulture, au maraîchage, à l’horticulture et à l’arboriculture. C’est dans ces secteurs que le moral se révèle en effet le plus élevé : deux tiers des exploitants se disent optimistes. Le moral est assez élevé également dans le secteur porcin et de la volaille. Le résultat est en revanche plus mitigé en polyculture-élevage (50/50).

« Ceux chez qui le moral est aujourd’hui le plus en berne sont les agriculteurs qui travaillent dans le domaine des grandes cultures : seulement 38 % d’entre eux indiquent avoir le moral. Deux tiers sont pessimistes. Donc quand on parle du moral des agriculteurs, précise Jérôme Fourquet, il est important de regarder dans le détail. On mesure aussi, à travers ses résultats, la difficulté à parler de la même façon à tous les agriculteurs. »

Préoccupation majeure autour des changements climatiques

Sur la question des éléments perçus comme les plus inquiétants à moyen terme pour les exploitants, les résultats montrent qu’« ils ont parfaitement intégré le défi et l’impact que représente le changement climatique sur leur activité professionnelle et économique. C’est ce qui arrive en première position pour 27 % des agriculteurs et pour 44 % d’entre eux sur l’ensemble des citations (NDLR : chaque personne interrogée avait la possibilité de retenir plusieurs propositions). »

L’item qui arrive en deuxième position est la baisse et la volatilité des cours des matières agricoles (14 et 32 %).

Une forte inquiétude autour de l’agribashing

L’agribashing fait aussi partie des fortes préoccupations. « Les critiques répétées contre le monde agricole sont très fortement citées par les agriculteurs. Cette thématique les touche puisqu’elle vient en troisième position des inquiétudes », commente Jérôme Fourquet.

Est aussi perçu comme inquiétant, le durcissement de la réglementation environnementale, puis vient la montée en puissance des mouvements animalistes. « Cette question arrive relativement en bas de tableau, mais elle est beaucoup plus prégnante chez les éleveurs. » La réforme de la Pac occupe la fin du tableau, avec le changement de mode d’alimentation des Français « qui ne semble pas préoccuper aujourd’hui les agriculteurs ».

Le malaise des « grandes cultures »

Comment les agriculteurs se sentent-ils jugés ? 48 % d’entre eux estiment qu’ils ont une bonne image dans l’opinion, et donc 52 % font le diagnostic qu’ils en ont une mauvaise. « Par filière, on s’aperçoit les éleveurs de porcs et de volailles, ainsi que les secteurs du maraîchage et de l’arboriculture sont les plus nombreux à se sentir bien perçus. Alors qu’encore une fois le secteur des grandes cultures se sent mal aimé : seulement 31 % des exploitants de ce secteur estiment que les Français ont une bonne image d’eux. » Les agriculteurs en bio ou en voie de conversion sont les plus nombreux à estimer à avoir une bonne image au sein de la population, ils sont 65 % d’entre eux à le considérer.

En phase avec les attentes

Les agriculteurs se sentent par ailleurs très attendus par les Français sur la réduction d’usage des pesticides. Et dans un contexte marqué par la crise des gilets jaunes, ils savent aussi que le maintien de prix abordables et compétitifs pour les consommateurs est une autre attente forte.

Dans l’ordre, suivent l’amélioration de la qualité des produits, la meilleure prise en compte du bien-être animal, puis de la qualité de l’eau et enfin de la biodiversité.

La proximité, le sésame

Selon l’enquête de l’Ifop, les solutions pour rendre meilleures les relations entre les agriculteurs et les consommateurs sont pour 47 % des agriculteurs, la proximité (circuit court, vente directe, porte ouverte).

Plus de transparence et de pédagogie sur le métier agricole, ses pratiques et ses contraintes apparaissent aussi essentiels.

Des prix plus rémunérateurs parmi les pistes d’avenir

Enfin, pour l’avenir plus global de l’agriculture française, les agriculteurs pensent en majorité qu’un rapport de force plus équilibré avec la grande distribution et les industriels améliorerait leur avenir. Le développement des circuits de consommation de proximité serait une autre piste intéressante, selon eux, pour leur permettre justement de regagner de la marge et d’œuvrer en faveur de plus de transparence auprès du consommateur.

L’accent est mis sur la qualité des produits et la sécurité alimentaire. Le bio se place en revanche en milieu de tableau. Et élément intéressant : des pistes longtemps mises en tête des grands challenges de l’agriculture, comme la conquête de nouveaux marchés dans le monde ou encore le recours aux nouvelles technologies occupent la fin de la liste, parmi les dernières pistes d’avenir opportunes aujourd’hui.

Rosanne Aries
La crise de la reconnaissance
Jérôme Fourquet (Ifop), Christiane Lambert (FNSEA) et Samuel Biderre, éleveur laitier en Normandie. Photo : Marie-Gabrielle Miossec

Même s’il se dit optimiste pour son métier, Samuel Biderre, éleveur laitier en Normandie, pense vivre sa troisième crise depuis son installation il y a dix ans : deux crises économiques en 2009 et en 2015 ; une crise aujourd’hui de dénigrement et d’incohérence. Il élève 130 laitières dans le Calvados. Il livre une grande partie de son lait à la coopérative et transforme 200 000 litres grâce à des veaux de lait élevés sur paille et vendus à une dizaine de bouchers. Il s’est exprimé à l’issue de la présentation du sondage Ifop-Ouest France : « Je fais de plus en plus de pâturage en tenant compte des attentes des consommateurs. Mais, quand je mène mes vaches à l’herbe, je gêne les automobilistes. Dans le Calvados, les agriculteurs ont créé pour leurs concitoyens une association « Bienvenue chez les agri’s » pour organiser des visites express de proximité.

Christiane Lambert, présente en tribune, poursuivait : « Nous sommes le sujet sur lequel 63 millions de Francais, comme pour le foot, ont un avis. Expliquons la réalité diverse de nos exploitations. Organisons une ferme ouverte dans chaque commune. L’agriculture est très attendue. Mais tout, tout de suite ce n’est pas possible. Il faut de la patience. Et la solution ce sont les hommes », concluait-elle, reprenant les propos du pape François à propos de son encyclique « Laudato si’ », qui prône l’écologie intégrale.

Marie-Gabrielle Miossec
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