Face à la sécheresse exceptionnelle qui touche le territoire français, avec une situation déficitaire plus marquée que celle de 1976, l'Inra a fait le point le vendredi 3 juin 2011 sur les enjeux immédiats pour les agriculteurs et les recherches menées sur ce sujet.

La Veille agroclimatique (VAC) assurée par l'Inra, et utilisée comme outil de diagnostic de situations climatiques exceptionnelles, montre ainsi qu'à moins de bénéficier de pluies significatives prochainement, toutes les hypothèses testées conduisent à prédire une diminution significative des rendements de blé et de fourrage pouvant selon les régions atteindre des niveaux de réduction historiques.

Les analyses réalisées (issus de la plate-forme Marsop) prévoient une diminution du rendement pour toutes les cultures d'hiver par rapport aux résultats de l'année précédente mais aussi des cinq dernières années. Seul le blé dur montre des valeurs supérieures à la moyenne des cinq dernières années.

Les estimations montrent qu'il serait possible d'avoir des pertes d'environ 1 million de tonnes pour le blé tendre comparé à 2010 et de 0,5 million par rapport à la moyenne des cinq dernières années. La production française d'orge d'hiver pourrait diminuer de 0,35 à 0,4 million de tonnes. « Ce qui pourrait affecter directement l'alimentation animale, déjà pénalisée par la diminution de la production des prairies », souligne l'Inra.

Si les conditions climatiques restent similaires, avec en plus des restrictions d'irrigation, le rendement du maïs pourrait être fortement réduit. Pour l'instant, les estimations misent sur environ 0,7 à 0,8 million de tonnes en moins par rapport à la production des cinq dernières années.

Pour les pommes de terre et les betteraves, la tendance globale est aussi à la baisse. Seuls le tournesol et l'orge de printemps montrent des valeurs à la hausse mais les conditions climatiques des semaines à venir pourraient changer cette tendance.

Pour les arbres fruitiers et la vigne, dont le cycle de végétation est très en avance, la production dépendra de la durée de l'épisode chaud et sec. Toutefois, ces productions sont généralement moins sensibles que les cultures annuelles ou l'élevage à la sécheresse.

« La forêt ne sera pas épargnée par ces effets, dont les plus graves (dépérissements d'arbres, invasions de pathogènes) ne seront détectables que des années plus tard, signale l'Inra. La survie des plantations va aussi se poser. Enfin, l'augmentation du risque d'incendie est réelle. »

Depuis la canicule de 2003, des programmes de recherche ont par ailleurs été initiés. Ils visent l'amélioration variétale de différentes plantes pour les rendre plus tolérantes à un déficit hydrique, le choix d'espèces plus tolérantes au manque d'eau (comme le projet Drops) ou encore la mise au point de systèmes de production et d'itinéraires techniques agricoles et sylvicoles mieux adaptés à une situation de sécheresse ponctuelle ou non.

C.F.