Autour de l’exploitation de la famille Schnepp, les prairies ressemblent plutôt à une étendue de terre friable et fissurée, l’herbe jaunie craquant sous les pieds. Les vaches n’y vont que la nuit pour dormir dans la légère fraîcheur nocturne, mais il n’y a plus rien à manger. Les maïs sont secs, et l’éleveur aura des problèmes pour nourrir ses bovins. À Mitschdorff, il n’a plus que 20 mm depuis juin.

La ferme des Deux Moulins, qui compte 200 vaches, génisses et veaux et 140 hectares de maïs, blé, orge et de prairies, a été choisie par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin pour évoquer les difficultés des agriculteurs face aux conditions de l’été.

La chambre d’agriculture, les coopératives, les banques, les assurances et les élus sont venus lundi après-midi pour constater les dégâts de la sécheresse. À l’issue de la rencontre, une seule chose a été garantie aux agriculteurs : une cellule technique va être mise en place. Elle se penchera à partir de la semaine prochaine sur la typologie d’exploitations touchée et les analyses de trésorerie. « On doit anticiper les problématiques à venir, souligne Dominique Daul de la FDSEA du Bas-Rhin, mais il nous faut aussi des mesures à très court terme ».

Pas de dépenses supplémentaires

Les exploitants apprécient l’écoute et les engagements oraux, mais ils ont besoin de décisions urgentes. « C’est aberrant de nous faire semer des choses qui ne vont pas pousser alors qu’on a déjà des problèmes de trésorerie », dénonce Dominique Daul.

Malgré l’absence d’un accord officiel, les agriculteurs ont décidé de ne pas semer de cultures en dérobée qui sont comptabilisées dans leurs Surfaces d’intérêt écologique (SIE). « Avec cette météo, on ne peut rien faire avant quinze jours, explique Dominique Daul. Et il sera trop tard puisque les plantes n’auront pas le temps de se développer avant les travaux d’automne. »

Le syndicat encourage les exploitants à se signaler auprès des assurances. Inspecteur technique chez Groupama, Mathieu Freysz, indique que, dans le Bas-Rhin, une centaine de déclarations de sinistres ont déjà été faites. « D’ici à la fin de la semaine, on devrait être à 200 », anticipe-t-il. En Alsace, près d’un agriculteur sur deux est assuré, contre un agriculteur sur trois en France en moyenne.

Inertie estivale

En ce mois d’août cependant, les choses avancent lentement. « Cette réunion était une première approche, explique Dominique Daul. Tout le monde est en vacances. » Pour obtenir les avances d’aides et les dérogations de la Commission, la France doit produire des chiffres, or « les enquêtes n’ont pas encore commencé, affirme-t-il. Vous savez ce que c’est, entre les effets des annonces et la mise en œuvre, il y a un délai. »

À la demande des agriculteurs, des secteurs herbagers pourraient passer en calamité agricole. Ce sont les services de l’État qui sont responsables de cette demande, à laquelle le gouvernement doit donner son accord. Là encore, l’été rallonge les délais.

La région, plus réactive, a déjà répondu présente. Elle aidera les exploitants à transporter du maïs fourrage et des céréales vers les zones touchées par la sécheresse. « Tout le monde est conscient qu’il y a un vrai problème, estime Dominique Daul. Mais on ne rattrapera pas les pertes des exploitations. »

Des effets à long terme sur l’exploitation

Pour Lionel Schnepp, qui dégage à peine un salaire de son exploitation, 2018 est la troisième mauvaise année consécutive. Ce sont environ 40 hectares de maïs qui seront ensilés sur la ferme des Deux Moulins, au lieu des 20 hectares habituels. Le rendement serait aux alentours de 6 tonnes de matière sèche par hectare, au lieu de 13 à 14 tonnes d’habitude. Les prairies, elles aussi, perdraient près de la moitié de leur rendement.

Entre les achats de fourrages et le recul des ventes, le manque à gagner pour l’exploitation serait estimé par la FDSEA à au moins 40 000 €, sur un chiffre d’affaires avoisinant les 400 000 €. Des effets indirects entraînant la baisse de la production de lait et des vêlages difficiles pourraient accentuer les difficultés.

Pour les agriculteurs, l’aide à long terme de l’état ou de l’Europe devra permettre, par des investissements, de mieux sécuriser la production agricole face aux aléas climatiques. Brasseurs d’airs, brumisateurs, mais également une réflexion sur la gestion de l’eau pourraient apporter des solutions à une distribution plus irrégulière des précipitations à l’échelle annuelle.

Faisant écho à l’appel du président des chambres d’agriculture, Dominique Daul appelle lui aussi relancer les débats sur les réserves d’eau. « Il faut qu’on se pose à nouveau la question à l’échelle de tout le pays ».

Ivan Logvenoff avec l’AFP