Environ 250 manifestants, une majorité d'agriculteurs et une trentaine d'élus locaux, ont dénoncé jeudi devant la mairie de Dunkerque (Nord) un projet écologique régional, qui aurait pour conséquence, selon eux, des inondations de terrains, a constaté l'AFP.

Il y avait au moins 150 tracteurs stationnés sur et autour de la place de la mairie, selon un photographe de l'AFP.

Les manifestants, dont des représentants de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) du Nord, des Jeunes Agriculteurs, dénoncent le schéma régional de cohérence écologique (SRCE), un projet du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, motivé par la loi Grenelle 2, qui veut favoriser la biodiversité, notamment en créant des zones humides et en reboisant des espaces.

L'enquête publique sur le projet, qui avait débuté le 18 novembre, se terminait jeudi.

« L'écologie abusive ne va pas nourrir la planète », avaient écrit les manifestants sur une banderole. Une délégation a été reçue à la Communauté urbaine de Dunkerque puis à la sous-préfecture où une pétition a été remise au représentant de l'Etat.

« C'est du délire, cela va détruire 50 % du territoire agricole. L'exemple le plus flagrant c'est sur le territoire des wateringues où le schéma préconise l'arrêt des pompages. Si on fait ça, en quelques mois des villages seront complètement inondés », a déclaré Denis Bollengier, vice-président de la FDSEA 59 et agriculteur à Esquelbecq (Nord).

« Globalement, c'est la moitié du territoire du Nord-Pas-de-Calais qui sera menacé. C'est de l'inconscience de la part des élus du conseil régional », a-t-il ajouté.

« Cela fait quatre siècles que Les Moëres essaient de trouver une place sur terre parce qu'avant on était sous un marais. Il a été asséché pour éliminer les maladies, les odeurs... Et aujourd'hui on veut nous rayer de la carte ! », a lancé le maire des Moëres, Hervé Lanier.

« On n'élimine pas tout un village comme ça ! Dans le projet, entre le canal qui rejoint Bergues à Dunkerque et la frontière belge, il y aura 3.500 hectares sous les eaux. Les Moëres sont les terres les plus basses, elles sont donc les plus faciles à inonder », a-t-il assuré, dénonçant le manque de concertation autour du projet.

« Ce qu'ils dénoncent sur le manque de concertation est un mensonge. Le premier atelier a eu lieu en février 2012 et cette concertation a continué pendant deux ans. La concertation a eu lieu », a déclaré à l'AFP Emmanuel Cau (EELV), vice-président du conseil régional chargé de l'aménagement du territoire et de l'environnement.

« J'ai entendu des élus locaux dire qu'on voulait noyer leur commune. Je pensais que c'était une blague. En quoi préserver la biodiversité serait noyer une commune ? Forcément, il y a des risques d'inondations quand on est dans une zone humide. Mais qu'on arrête de construire des logements là où il y a un risque d'inondation », a-t-il ajouté.

« Le risque de submersion marine n'est pas dû à la biodiversité mais aux émissions de gaz à effet de serre. La biodiversité est un atout très précieux », a souligné M. Cau, précisant que le schéma régional ne serait qu'un document que les élus devront prendre en compte avant de faire un aménagement. « Il n'y aura aucun moyen de les contraindre », a-t-il affirmé.