Le scandale du « horse-gate » éclatait il y a trois ans, et l’instruction menée à Paris par le juge Serge Tournaire touche à sa fin. Selon l’AFP, le parquet a pris ses réquisitions cet été. Si le juge d’instruction suit l’avis du parquet, Jacques Poujol, ex-dirigeant de fait de la société Spanghero, Patrice Monguillon, ex-directeur du site de Castelnaudary (Aude), et deux négociants néerlandais, Johannes Fasen, patron de Draap Trading, et Hendricus Windmeijer, de Windmeijer Meat Trading, seraient renvoyés en procès pour escroquerie en bande organisée et tromperies aggravées.

S’ajoutent, pour les deux dirigeants de Spanghero, des soupçons de destruction de preuves, en l’occurrence des courriels ou données informatiques effacés.

« L’analyse du parquet est totalement contestée par M. Poujol, a déclaré l’un de ses avocats, Laurent de Caunes, qui estime que son client a été victime d’un importateur de viande malhonnête.

750 tonnes de viande

L’autorité française antifraudes (DGCCRF) pointait une tromperie massive portant sur 750 tonnes de viande écoulée dans 13 pays européens, soit 4,5 millions de plats cuisinés. C’est de la société Spanghero, à Castelnaudary (Aude) qu’était partie la viande pour l’usine de transformation Tavola, implantée au Luxembourg et filiale de Comigel.

Le réquisitoire de 200 pages assure que :

  • certaines indications sur la marchandise envoyée à la société Tavola auraient été falsifiées, pour lui faire croire que la viande avait été découpée, transformée et travaillée au sein de Spanghero.
  • toute référence à de la viande de cheval aurait été effacée, et remplacée par des étiquettes comportant l’intitulé « avant de bœuf désossé »

Selon le parquet, une telle fraude n’est possible qu’avec la complicité des deux négociants néerlandais auprès de qui Spanghero se fournissait à des prix anormalement bas.

Si elles n’ont pas été inquiétées judiciairement, la société Cogimel et sa filiale Tavola ne sont pas épargnées. Sur les 538 tonnes de viande livrée par Spanghero à Tavola, en 2012 et au début de 2013, « aucune vérification approfondie » n’avait été réalisée alors qu’un « simple examen visuel aurait permis » de découvrir que certaines étiquettes étaient mensongères, a relevé la DGCCRF dans un PV versé au dossier.

Les griefs ne s’arrêtent pas à la viande de cheval. Le parquet vise aussi l’introduction sur le territoire français de 65 tonnes de viande de mouton en provenance du Royaume-Uni séparée mécaniquement. C’est interdit depuis la crise de la vache folle, pour éviter que des éclats d’os ou de moelle potentiellement infectés ne se retrouvent dans l’aliment.

Hélène Chaligne, avec l’AFPJournaliste au service de l’élevage