Le 23 février 2019, Emmanuel Macron avait battu le record de la plus longue visite au salon international de l’agriculture (Sia). Il avait arpenté les allées pendant plus de 14 heures, soit deux heures de plus que l’année précédente. Lors de sa déambulation et de son long discours sur la Pac il s’était montré rassurant afin de répondre aux interrogations des agriculteurs.

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Accords commerciaux

Au Sia 2019, le président de la République française a largement vanté la qualité de l’alimentation de l’Union Européenne. Il a ainsi redit avec force qu’aucun « accord commercial ne saurait autoriser des produits ne respectant pas les standards européens, environnementaux, sanitaires et sociaux. » Deux accords commerciaux ont largement défrayé la chronique : le Mercosur et le Ceta.

Par la suite, le gouvernement français a en effet assuré qu’il ne ratifierait pas l’accord avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

En revanche le gouvernement défend largement le Ceta qui a été ratifié par l’Assemblée nationale le 23 juillet 2019. Il offre la possibilité au Canada d’exporter 65 000 tec de viande bovine, sans droits de douane. L’agriculture canadienne ne respecte pas tous les standards européens vantés par Emmanuel Macron. Les producteurs jugent qu’il est impossible de mettre en place des contrôles sanitaires efficaces et donc d’éviter les importations avec distorsion de concurrence.

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Prédation

Dans les allées du Sia 2019, Emmanuel Macron avait répondu aux éleveurs des Pyrénées qui exprimaient leurs craintes vis-à-vis de la prédation. Concernant le problème de l’ours, il avait assuré avoir demandé aux ministres de regarder les choses vallée par vallée. « Il y a des vallées ou ça fonctionne, où il n’attaque pas et d’autres où il est prédateur. Il faut qu’on puisse aller prélever les ours qui ont ce comportement », avait-il déclaré.

Durant l’été 2019 les pertes dues aux attaques d’ours ont explosé dans les Pyrénées. À la fin des estives, pour la seule Ariège, 565 dossiers d’indemnisation pour dommages d’ours ont été déposés. Bilan : 1 155 ovins morts ou blessés en 2019. En 2018, 443 dossiers avaient été soumis pour 669 ovins victimes.

On note toutefois quelques légères avancées de la part du gouvernement en faveur des éleveurs. Il a abandonné les lâchers d’ours en juin 2019. De plus, début 2020, les éleveurs ont obtenu de la part du gouvernement une prise de position en leur faveur. Désormais, l’État prévoit, en dernier recours, et dès lors que les troupeaux sont correctement protégés et après d’éventuels effarouchements, le déplacement et la capture d’ours.

Plan protéines

Pour mettre fin au diktat des Non-Européens, et notamment du continent américain, le président Macron assurait lors du Sia 2019 vouloir « porter un plan protéines ambitieux à l’échelle du continent ».

Une annonce peu suivie d’effet. Un plan protéine devait être divulgué durant l’été 2019 mais il se fait toujours attendre. En janvier 2020, les producteurs d’oléoprotéagineux regrettaient l’absence d’engagement du ministère de l’Agriculture et étaient toujours dans l’attente de la concrétisation du plan.

En amont du salon, l’Élysée a précisé qu’une stratégie concertée au niveau national était en cours. Elle devrait être finalisée « au printemps », indiquent les services de la présidence, qui précisent que sa mise en œuvre dépendra des orientations de la politique agricole commune. Aucune annonce n’est donc prévue durant le salon de l’agriculture 2020 (Sia 2020) sur ce point.

Artificialisation

Lors de sa visite au salon de 2019, Emmanuel Macron avait aussi rappelé la volonté du gouvernement de viser « zéro artificialisation nette » des terres agricoles.

Le sujet a été martelé toute l’année dernière par le gouvernement, notamment par Édouard Philippe au congrès des maires, en novembre dernier. Pourtant, dans les faits les mesures peinent à émerger. On note toutefois l’installation, par le gouvernement, en juillet 2019 d’un observatoire de l’artificialisation des sols mais surtout l’abandon de l’emblématique projet Europacity.

Foncier

Lors de son discours sur la Pac où il avait préservé un temps particulier pour parler d’installation, le président de la République avait promis des « mesures fortes pour faciliter l’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs ». Il avait ainsi assuré que le gouvernement allait prendre ces mesures « dans le cadre d’une loi foncière à venir ».

Un an plus tard, aucune loi foncière à l’horizon. Quelques jours avant le salon, l’Élysée a précisé qu’un travail au parlement avait été mené. Mais aucun « consensus n’a été trouvé ». « Il n’y aura donc pas de nouvelle loi foncière », prévient l’Élysée. « Beaucoup de choses pourront être faites en utilisant mieux les dispositifs qui existent. »

Marie-Astrid Batut