Les indicateurs de revenu agricole de l’Insee, publiés le 5 juillet 2016, confirment une hausse prévisionnelle du revenu agricole en 2015 par actif. Celle-ci passe de 8,8 % (prévision réalisée en décembre dernier) à 5 % par actif. Comme en décembre dernier, il n’y a pas de prévisions par production, mais seulement un résultat global, peu représentatif.

La valeur ajoutée de la branche agricole s’accroît. Les mauvais résultats de l’élevage ont été compensés par une situation plus favorable pour les productions végétales, un ralentissement des achats d’intrants et de leurs prix, ainsi que du prix de l’énergie. La crise en lait et porc est masquée par la conjoncture favorable en blé, pommes de terre, oléagineux et vins hors appellation d’origine. Les subventions progressent également grâce aux mesures d’aide pour faire face à la crise de l’élevage et la sécheresse de l’été, ainsi que la montée en charge du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Des situations très contrastées

La moyenne masque la crise dans l’élevage laitier et porcin, dont les productions baissent en valeur de -11,5 % et -6,5 % respectivement, pointe l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Les productions végétales sont plutôt bien orientées, mais accusent des reculs pour le maïs (-18 % en valeur) et les vins d’appellation d’origine (-2 %, production en valeur). Le revenu agricole global a été divisé par deux entre 2007 et 2009 puis il est passé du simple au double entre 2009 et 2015.

La FNSEA atterrée

Alors que sur le terrain la situation de trésorerie ou économique est catastrophique, principalement en élevage laitier et porcin, la prévision d’une hausse globale du revenu agricole suscite incompréhension et colère de la profession.

Publier ces résultats est une « provocation » pour la FNSEA qui dénonce des « chiffres hors sol » dans un communiqué du 5 juillet et regrette n’avoir qu’un résultat global, au lieu d’un éclairage par production.

Besoin de réformer la Pac (CR)

La Coordination rurale (CR) voit dans cette prévision une hausse « qui ne reflète aucune réalité ». La moyenne masque les disparités, dénonce le syndicat dans un communiqué : « Pour les céréales, censées se porter à merveille et n’avoir plus besoin des aides, 2015 restera dans les annales comme une année particulièrement catastrophique. Dans la filière bovine, les prix sont plombés par une production laitière en crise et l’abandon des droits historiques pour les vaches allaitantes va amplifier la déstabilisation du marché. »

Pour la CR, c’est un signal qu’il faut réformer la Pac en cherchant avant tout des prix rémunérateurs : « Les milliards d’euros d’aides à l’agriculture et au développement rural seraient bien mieux utilisés pour réguler les productions et les marchés. »

Des chiffres inquiétants (Confédération paysanne)

Toujours le même constat, cette fois de la part de la Confédération paysanne : « Les moyennes dissimulent mal les disparités très fortes entre les productions et entre les paysans dans une même production. Surtout, on y constate les premiers effets de la crise de l’élevage. […] L’année 2016 s’annonce pire encore », avertit le syndicat.

La Confédération paysanne dénonce « une perte de 20 % de la valeur de la production agricole depuis 1980. Les volumes ont augmenté de 30 % depuis cette date, et les prix ont chuté de 40 % dans le même temps. Les paysans produisent donc toujours plus, voient leur revenu s’effondrer, continuent à disparaître (-1,9 % en 2015), et l’alimentation poursuit sa dégradation. Il y a urgence à mettre en place des politiques agricoles qui redonnent de la valeur à notre alimentation à tous, et du revenu aux paysans ».

S.B.