Le revenu agricole de 2013, après trois années de croissance, est en forte baisse (-19,8 %) en raison de la chute des prix des grandes cultures et de la hausse des prix des consommations intermédiaires. C'est ce qu'annonce l'Insee (1) dans un document diffusé le 1er juillet (cliquez ici pour télécharger l'analyse des chambres d'agriculture).

L'importante baisse de revenu agricole signalée en décembre dernier (-20 %) est confirmée. D'après la commission des comptes provisoires de l'agriculture, qui s'est réunie le 1er juillet, le revenu par actif en termes réels (compte tenu de l'inflation) est en baisse de 19,8 % après trois années de hausse (+1,2 % en 2012, +4,6 % en 2011 et +41,2 % en 2010) en raison de la chute des prix des grandes cultures et de la hausse des prix des consommations intermédiaires. Le revenu « retrouve le niveau de 2008, proche de celui de la moyenne du début des années 2000 », précise l'Insee. Pour l'Union européenne à 28, l'Insee indique également une baisse de revenu mais d'ampleur bien plus limitée : -1,3 %.

Le prix de la production végétale (hors subventions sur les produits) diminue en moyenne de 7,3 % et la production recule de 1,1 % en volume en 2013. La production animale décroît de 0,7 % en volume. Le recul se produit pour toutes les catégories, sauf les oeufs. Le prix des productions animales (hors subventions) s'accroît en moyenne de 2,8 %. Les résultats sont très contrastés.

Parallèlement, le coût des intrants augmente (+3,1 %) pour la troisième année consécutive. Premier poste, les dépenses pour l'alimentation animale progressent de 4 % en valeur malgré un recul des volumes consommés. Avec l'envolée des cours des céréales en 2012, qui s'est poursuivie au début de 2013, les prix se sont renchéris. Les dépenses pour l'achat d'engrais se redressent fortement (+8,6 %).

Des réactions

Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, indique dans une déclaration transmise à la presse que « si de trop rares secteurs semblent épargnés par la baisse générale, les revenus agricoles sont en effet soumis à une trop grande volatilité des prix ».

« Au-delà de l'état des marchés, la perte de compétitivité de notre secteur agricole et agroalimentaire se poursuit dans un contexte de pression toujours plus forte de la grande distribution. Pendant ce temps, le gouvernement continue d'empiler les inventions administratives et réglementaires, au lieu de libérer les énergies, en agissant par exemple sur les charges qui pèsent sur nos entreprises », ajoute Henri Brichart.

La FNSEA « appelle les responsables publics à tenir leurs engagements pris lors des Etats-généraux de l'agriculture du 21 février dernier, sur l'emploi, la modernisation et la simplification. Cessons de surtransposer les textes européens et donnons les moyens aux agriculteurs de vivre de leur métier ! Il s'agit maintenant de passer des discours aux actes afin de produire français demain. »

Pour l'AGPB (Association générale des producteurs de blé) et l'AGPM (producteurs de maïs), les chiffres du revenu sont « un rappel à la réalité ». Ils font « ressortir pour les producteurs spécialisés en céréales et oléoprotéagineux un revenu annuel moyen en 2013 de 22.100 € avant cotisations sociales de l'exploitant et impôt. Ce revenu est inférieur de plus de 20 % au revenu moyen de l'ensemble des exploitations (27.100 €) et il se situe parmi les plus bas revenus par orientation de production ».

« Cette situation est d'autant moins bien vécue que l'éventualité d'une amélioration est très improbable en 2014. D'une part, la nouvelle campagne céréalière s'annonce économiquement incertaine avec une évolution des prix que la perspective de récoltes mondiales confortables rend décevante. D'autre part, la forte réduction des soutiens européens prévue dans la nouvelle Pac commence à prendre effet dès cette année », ajoutent l'AGPB et l'AGPM.

Pour la Coordination rurale, « ces mauvais résultats ne sont évidemment pas dus à l'incompétence des producteurs français qui sont parmi les meilleurs du monde. Ils ne relèvent pas non plus d'une baisse du rythme de leur travail, eux qui travaillent au contraire souvent au-delà du raisonnable. Par contre, cette dégradation continue de leur situation économique à laquelle s'ajoutent de plus en plus d'entraves normatives et réglementaires atteint leur moral, leur dignité et détruit de plus en plus d'emplois précieux. Il est de la responsabilité du gouvernement français de sauver un de ses secteurs les plus stratégiques en engageant immédiatement un combat pour une autre politique agricole commune auprès des instances européennes ».

La Confédération paysanne signale que « les financements publics sont en baisse de 3,4 %, et la réforme de la Pac devrait contribuer à la poursuite de cette diminution. Malgré tout, il serait possible, avec ces 15,4 milliards, de faire le choix d'une politique ambitieuse, protégeant l'agriculture européenne et française. Mais il semble qu'il soit plus important de se concentrer sur la signature d'accords de libre-échange destructeurs ».

« Les politiques menées actent l'existence d'une agriculture duale : l'une paysanne, tournée vers l'avenir, et l'autre industrielle, symbolisée par l'usine des 1.000 vaches. Mais les comptes de l'agriculture ne s'en préoccupent pas. Ils comptent. Tous dans le même panier. Et pointent, sans que personne n'en frémisse, la disparition des paysans et l'inefficacité de l'industrialisation de l'agriculture. Il est temps de réagir ! », ajoute la Confédération paysanne.

« L'agriculture n'est pas rentable », a réagi le Modef. « La baisse de plus de 20 % du revenu agricole 2013 (..) démontre, s'il en était besoin, la nécessité d'un changement radical de politique agricole ». « La ferme France, soumise à une libre concurrence débridée à l'intérieur et à l'extérieur de l'UE » est de moins en moins créatrice de richesses ; en témoigne la baisse continue de la valeur ajoutée nette en euros constants depuis 20 ans malgré une productivité du travail qui ne cesse de progresser. »

« La réalité aujourd'hui, c'est un revenu net de la branche agricole qui s'élève à 9,5 milliards, à comparer aux 9 milliards de subventions d'exploitation reçus en 2013. Sans les aides directes européennes et les aides aux produits, le revenu du travail des exploitants serait nul. » « Hors subventions, l'agriculture, dans une économie de marché où la concurrence est libre et non faussée, n'est pas rentable selon les critères libéraux. »

L'APCA (Assemblée permanente des chambres d'agriculture) indique que « cette baisse du revenu des agriculteurs doit occasionner une réflexion sérieuse et approfondie des pouvoirs publics quant à leur stratégie agricole. A un moment où l'économie française connaît de sérieuses difficultés, est-il souhaitable de laisser dériver un secteur agricole détenant des atouts en termes de savoir-faire, de présence territoriale et de commerce extérieur ? »

Lors de la Commission des comptes de l'agriculture de la Nation, l'APCA a été invitée à présenter ses travaux sur le capital des exploitations (téléchargez l'analyse de l'APCA). « Cette étude fait apparaître que les exploitations mobilisent un capital productif en augmentation continue. Sur le plan individuel, cela se traduit par un volume financier de plus en plus lourd à gérer par les chefs d'exploitation. En outre, le début de carrière des jeunes agriculteurs est difficile : leurs exploitations sont plus grandes que la moyenne et leur endettement plus élevé. »

La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) « constate que les résultats économiques des exploitations laitières pour 2013 sont toujours aussi préoccupants.En 2013, le résultat courant avant impôts (RCAI) des exploitations laitières baisserait à 23.100 euros par actif non salarié, en restant inférieur de 15 % à la moyenne des trois dernières années. Les charges continuent d'augmenter en valeur de 3 % par rapport à 2012 ».

« La FNPL, dans ce contexte, condamne l'irresponsabilité des acteurs de l'aval de la filière. L'obsession du prix le plus bas met en péril toute la filière. La menace d'une décroissance laitière en France avec ses conséquences économiques et sociales pour les producteurs de lait est réelle. Alors que tous les pays laitiers sont en pleine dynamique laitière, profitant de la demande des marchés émergents, la France devient la lanterne rouge de l'Europe. Ce n'est pas une situation qui peut s'installer durablement dans un pays qui cherche de la croissance à tout prix ! »

« Le retard du prix du lait payé aux producteurs de lait français sur le prix allemand doit se combler cette année. Ce retard est injustifiable. Ce sont 20 euros/1.000 litres de décalage enregistré depuis 12 mois. Soit 450 millions d'euros qui ont été confisqués aux éleveurs laitiers français en 2013. Au regard du niveau des revenus des producteurs de lait, c'est un luxe que les éleveurs ne peuvent pas se payer ! »

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(1) Insee : Institut national de la statistique et des études économiques.