Le 18 septembre dernier, le préfet du Lot-et-Garonne, Patricia Willaert, aurait reçu une lettre de M. de Rugy et de M. Travert, lui demandant d’annuler l’autorisation accordée au projet du lac de Caussade. « Le projet d’annulation a été envoyé par le préfet au syndicat des irriguants du Lot-et-Garonne, explique Serge Bousquet-Cassagne, président de la chambre d’agriculture du département, et...
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Le 18 septembre dernier, le préfet du Lot-et-Garonne, Patricia Willaert, aurait reçu une lettre de M. de Rugy et de M. Travert, lui demandant d’annuler l’autorisation accordée au projet du lac de Caussade. « Le projet d’annulation a été envoyé par le préfet au syndicat des irriguants du Lot-et-Garonne, explique Serge Bousquet-Cassagne, président de la chambre d’agriculture du département, et elle attend notre réponse. »

L’arrêté autorisant le projet a pourtant été signé à la fin de juin, et les exploitants ont lancé des appels d’offres dès le début de l’été. « Ça fait longtemps qu’on engage des frais sur ce projet, dénonce Serge Bousquet-Cassagne, on a fait des études environnementales, on a fait venir des écologues, on en a déjà pour 500 000 €. » Soit près de 10 % d’une enveloppe totale estimée à quatre millions d’euros.

Des concessions qui ne convainquent pas

Dans le cadre d’une étude de territoire préalable au projet, les exploitants ont interrogé l’ensemble des acteurs locaux. « Les mairies, les communautés d’agglomération, le conseil départemental, les organisations environnementalistes, tous les syndicats agricoles, tout le monde ! » Des conventions ont par ailleurs été signées avec la Frab Aquitaine pour accompagner les exploitations dans la conversion.

« On nous a posé beaucoup de conditions, et on a travaillé trois ans dessus. » Les exploitants ont accepté de mettre en place de nombreuses mesures de conservation de la biodiversité, dont le maintien d’arbres à chiroptères, le piquetage de tulipes, ou la création de corridors écologiques. « On a mesuré l’infini en matière d’environnement », martèle M. Bousquet. Un tiers environ du lac de 666 000 m³ serait par ailleurs réservé à l’alimentation du ruisseau qui l’alimente en aval.

Dans le communiqué dénonçant ce projet, l’association France Nature Environnement (FNE) fustige un projet « passéiste et mal ficelé ». Pourtant, les exploitations répondent à de nombreuses exigences environnementales. « On parle de noisetiers en micro-aspersion, rappelle Serge Bousquet-Cassagne, de vergers de pruniers et de pommiers, avec sept ou huit exploitants en bio, on parle de 1 500 m³ par ha, alors que dans du maïs on monte jusqu’à 3 000 m³. » Pour le président de la chambre d’agriculture, l’opposition ne se cristallise pas sur les détails, mais sur le fond du projet. « Dès qu’on prononce le mot d’irrigation, on nous prend pour des criminels. »

Hésitations politiques

A l’issue de l’enquête publique, le commissaire enquêteur a donné un avis favorable sans réserve. Les exploitants avaient même réaménagé le projet, afin de garantir la solidité l’arrêté, dont ils assurent aujourd’hui la validité. « Les ministres ont commis un abus de droit, poussé par le lobby environnementaliste parisien », estime M. Bousquet-Cassagne.

Pourtant, au niveau local, selon le président de la chambre, le soutien serait unanime. « De l’extrême droite à l’extrême gauche, on a un consensus total, y compris de la part des élus des Verts du Lot-et-Garonne ». Le président du conseil régional, Alain Rousset, aurait également rappelé oralement par trois fois son soutien au projet.

L’arrêté a été publié le 29 juin, et n’a suscité aucune réaction pendant l’été. « Pendant 3 mois, personne ne nous a emmerdés », lâche M. Bousquet-Cassagne. Les ministères et les associations ont attendu la rentrée de septembre pour se pencher sur la décision préfectorale.

L’irrigation ou la friche

Invités à venir rencontrer les exploitants, les représentants de l’association FNE ont décliné. « Ils ont préféré passer par un recours », explique M. Bousquet-Cassagne. L’invitation aurait été lancée début septembre, via une conseillère Europe-Ecologie-Les-Verts.

Or, si le projet ne se fait pas, dénonce le président de la chambre, « c’est un coin de paradis qui partira en friche ». Huit jeunes agriculteurs s’installent par ailleurs grâce à ce projet, qui concerne des arboriculteurs mais aussi des producteurs de semences sous contrats, et des éleveurs allaitants et laitiers. Les noisettes notamment, culture porteuse dans le département, nécessitent d’avoir des volumes d’eau disponibles pour signer les contrats avec Unicoque.

Concernant le financement, le conseil départemental s’était engagé à donner 450 000 €, la Nouvelle-Aquitaine aurait débloqué entre 1 et 1,5 million d’euros, et le reste des 4 millions devait être emprunté. Le blocage des associations remet cependant le modèle en cause. « La Région attend la fin du moment judiciaire », confie M. Bousquet-Cassagne.

La chambre d’agriculture est propriétaire de l’emprise du lac et pour son président, peu importe la suite des événements, il n’est pas question de reculer. « On va le faire nous-même », prévient-il.

Ivan Logvenoff