Adaptation à la fin des quotas laitiers, recherche de compétitivité, réforme de la Pac, R&D et formation, réforme territoriale… les débats de 2015 seront aussi ceux de 2016. « Ce que l’on entrevoit pour 2016 n’est pas rassurant », a déclaré Guy Vasseur, à l’occasion des traditionnels vœux à la presse le 13 janvier à Paris. « Il y en a assez que la Commission européenne nie la réalité de la crise de l’élevage. Ce n’est pas tolérable un seul instant. L’enquête sur l’entente en lait et viande bovine est une provocation ! » Mais pas question pour autant de se laisser abattre. Les chambres d’agriculture comptent prendre les sujets importants à bras le corps. Et elles sont prêtes, affirme le président de l’APCA, organisées en nouvelles régions, pour mieux discuter avec les nouveaux conseils régionaux, tout en gardant des structures de proximité.

Priorité au lait

Premier dossier, et d’urgence : le lait. « Nous entrons pleinement cette année dans les conséquences de la disparition des quotas laitiers. Organisation de la filière, installation des jeunes, développement de la production dans d’autres pays européens mais pas en France. Il y a des inquiétudes pour l’économie française et l’équilibre des territoires », souligne le président de l’APCA qui annonce la publication prochaine d’une étude sur l’organisation de la filière et une autre, sur la résilience des exploitations. Parce que là-aussi, il y a encore des marges de progression.

« On découvre, et on ne l’avait pas imaginé à ce point, des contrats qui aujourd’hui sont sur le marché, par exemple sur Le Bon Coin ! Alors que les quotas étaient gratuits. Je suis anti-commercialisation des contrats. Cela pourrait avoir des conséquences terribles sur le territoire et l’installation des jeunes. » Choqué, il promet des propositions pour « enrayer ça ». Un travail d’encadrement (et non d’interdiction, légalement impossible) mené notamment avec les Jeunes Agriculteurs. Il attend aussi des pouvoirs publics qu’ils réagissent.

D’autres chantiers d’importance

L’APCA finalise aussi des propositions sur la simplification administrative. Dix-neuf propositions sur la Pac avaient déjà été formulées fin 2015. Aujourd’hui, ses services travaillent sur d’autres thématiques et notamment la méthanisation, « pour sortir du carcan ». D’autres chantiers attendent un dénouement cette année, comme la question des contrôles administratifs ou la définition des cours d’eau. « Georges Pompidou avait dit à son administration : ‘il faut arrêter d’emmerder les Français’, j’ai envie de vous dire ‘Il faut arrêter d’emmerder les chefs d’entreprise, il faut arrêter d’emmerder les agriculteurs’ ». L’année 2016 sera aussi marquée par la mise en place du système assurantiel nouveau. « Nous veillerons à ce qu’il réponde aux préoccupations des agriculteurs ».

Le service économique de l’APCA travaille également à différents scénarii d’évolution de la Pac. « Les Etats-Unis ont une volonté affichée de reconquête de leur marché, il faut en tenir compte dans la Pac, mais aussi dans les négociations internationales », a déclaré Guy Vasseur, « persuadé qu’il nous faut reconstruire des repères et du sens aux politiques agricoles européennes ou internationales ». Pour lui, c’est une question de courage et de vérité due aux agriculteurs : « la crise est largement structurelle et nous devons tout revisiter », adopter des modèles et des systèmes agiles. « Le plus grand danger est de ne rien faire », estime-t-il.

« Résolument et de manière très pragmatique, je souhaite que l’APCA fasse avancer un certain nombre d’idées des JA », a enfin affirmé Guy Vasseur. Et de citer Jacques Brel : « Continuer à rêver et rêver l’impossible rêve ». Car derrière ce sont des territoires et des installations de jeunes.

Arielle Delest