Les réseaux sociaux vont modifier les relations entre agriculteurs, institutions et société, selon Roger Le Guen, professeur de sociologie à l'ESA d'Angers.

Séduits par les réseaux sociaux

Entre agriculteurs, les réseaux de relations sont anciens, importants, plutôt stables : les échanges entre voisins, les groupes de développement… Leurs liens sociaux réels sont loin d'être saturés. Les réseaux sociaux qui se développent sur internet peuvent les attirer parce qu'ils sont plus isolés, plus spécialisés dans leur métier, moins disponibles pour les réunions.

Facebook, moyen technique de communication, peut être une ressource intéressante pour échanger : les agriculteurs se mettent en relation entre pairs, se mobilisent, s'informent. Avec le réseau social, ça devient rapide, efficace tout en étant pas cher. Ils peuvent créer des groupes par choix, accéder à des discussions, tout en gardant la mémoire des contenus de communication. Ce qui peut d'ailleurs poser un problème ensuite s'il y a une rupture. Car tout peut être stocké.

Moteur du changement

Les réseaux sur internet des agriculteurs peuvent aussi être un moteur pour développer d'autres relations avec des techniciens, ou différents interlocuteurs professionnels. Les institutions qui sont des machines à produire des règles, à contrôler les services, vont devoir composer avec ces nouveaux moyens d'échanger. Les agriculteurs disposent là de moyens de mobilisation qui peuvent aboutir à contester, casser des normes de production ou d'organisation qui leur paraissent inadaptées. Cela vaut aussi à l'intérieur des organisations, par exemple pour le travail des techniciens.

Inversement, les agriculteurs pourront être plus directement interpellés par la société sur les sujets touchant à l'environnement, le territoire – comme pour les algues vertes. Comment vont-ils y répondre ?

Spontanément, chacun intègre dans sa réflexion les positions de la dizaine de personnes « ressource » qu'il consulte tout le temps. Mais avec les réseaux sociaux, les « liens faibles », c'est-à-dire épisodiques mais pertinents, pourront être mobilisés : la construction même des réseaux sociaux pousse à élargir ses contacts à ces personnes qualifiées. Cela enrichit la réflexion et évite de tourner en rond.

La difficulté d'écrire

Cependant, le risque de sélectivité sociale de cette dynamique est énorme : les réseaux sociaux ne créent pas de lien là où il n'y en a pas. Ensuite, l'oral est le moyen d'expression le plus usité au travail. Pour au moins 30 % des gens, écrire dans le cadre du travail est une épreuve. Il y aura des individus spontanément redynamisés par les réseaux et d'autres exclus. Le rôle des institutions professionnelles et collectives est de les aider à se les approprier.

Propos recueillis par Marie-Gabrielle Miossec