Habituellement plutôt feutrées, les rencontres parlementaires pour l'agriculture et l'alimentation durable ont été émaillées mercredi par une passe d'armes entre la vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, et Brigitte Allain, députée d'Europe-Ecologie-Les Verts et ancienne syndicaliste de la Confédération paysanne.

« Que vous lisiez à la tribune un papier bourré de caricatures, c'est insultant et ça tue l'envie de construire », s'est insurgée Christiane Lambert après les propos de Brigitte Allain qui a dépeint un tableau très sombre des politiques agricoles ayant abouti à une agriculture non durable et qui consomme beaucoup trop d'intrants.

Christiane Lambert s'est inscrite en faux sur ce point, soulignant que plusieurs ministres ont loué dernièrement les efforts réalisés sur les consommations intermédiaires et qu'un tel discours était contreproductif.

« L'agriculture française n'est ni “Apocalypse Now”, ni “La Petite Maison dans la prairie” »

« L'agriculture française n'est ni “Apocalypse Now”, ni “La Petite Maison dans la prairie” », a-t-elle ironisé. Je suis attristée d'entendre une ancienne agricultrice énoncer des choses fausses au nom d'un idéal. Il faut sortir de ces oppositions caricaturales. »

Brigitte Allain s'est défendue d'avoir voulu opposer l'agriculture conventionnelle à l'agroécologie ou à la bio soulignant par ailleurs que la disparition des agriculteurs était bien une réalité.

Lors de ces rencontres, il a été beaucoup question du déclassement de l'agriculture française dans la hiérarchie mondiale en liaison avec sa perte de compétitivité. Et beaucoup, comme le député du Maine-et-Loire Jean-Charles Taugourdeau, ont dénoncé les normes franco-françaises « qui s'ajoutent aux dogmes ».

En d'autres termes, à force de vouloir laver plus blanc, la France se fait tailler des croupières et d'autres comme les Pays-Bas, l'Allemagne ou le Brésil prennent sa place.

Le flux d'innovation est ralenti par des exigences spécifiques à la France

C'est l'implacable réalité d'un marché mondialisé. D'autant que, comme l'ont martelé Eugénia Pommaret (UIPP, protection des plantes) et Gilles Poidevin (Unifa, industrie des fertilisants), le flux d'innovation est ralenti par des exigences spécifiques à la France.

« C'est ainsi que l'Anses redemande des études qui ont été déjà faites par ailleurs au titre de Reach » a indique Gilles Poidevin. Selon ces deux représentants de l'industrie, la reconnaissance mutuelle entre pays qui avait été décidée par l'UE ne fonctionne pas dans le cas de la France.

« Appeler à la compétitivité est un réflexe de protection d'une agriculture du passé »

Là encore, Brigitte Allain a fait entendre une musique dissonante soulignant qu'« appeler à la compétitivité est un réflexe de protection d'une agriculture du passé ». La plupart des intervenants ont souligné qu'il ne fallait pas opposer l'agriculture à vocation territoriale et produisant une alimentation de proximité avec celle destinée à l'exportation.

Dotée d'atouts climatiques, géographiques, pédologiques, techniques, l'agriculture française est enviée dans le monde et a une responsabilité pour nourrir d'autres pays moins bien pourvus comme l'Egypte ou le Maghreb. Certains comme le député de l'Aisne Jacques Krabal ont ainsi appelé à stopper « l'agriculture bashing ».

Visant clairement les écologistes, Jean-Charles Taugourdeau les a appelés à retenir « le bons sens paysan », à réaliser qu'« il faut de tout pour faire un monde », à savoir une agriculture durable pour se nourrir et une agriculture écologiquement intensive pour nourrir les autres.

Et pour rajouter une pierre dans leur jardin, il a rappelé que du côté de Bordeaux, en traitant, « c'est une agricultrice bio, maire de son village, qui a incommodé une école ».

Ph.P.