Les représentants de la grande distribution, des industries agroalimentaires et de la production agricole se sont une nouvelle fois réunis jeudi, en présence des ministres de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, et de l'Economie, Emmanuel Macron. Rien de bien nouveau à l'issue de cette rencontre, si ce n'est des langues un peu plus déliées qu'à l'habitude au sujet de l'ambiance économique : « c'est avéré, tout le monde l'a reconnu aujourd'hui, nous sommes en déflation », rapporte Bernard Lannes, président de la Coordination rurale. (Visionnez les réactions en vidéo de Stéphane Le Foll, Emmanuel Macron et Xavier Beulin)

Pour le reste, les ministres n'ont pas voulu sortir de cette réunion sans preuve de leur détermination à oeuvrer en faveur du « patriotisme alimentaire », vanté quelques jours plus tôt par le premier Ministre.

Trois annonces sont à retenir.

La première concerne la création d'un « comité de suivi » des pratiques commerciales, qui devrait être composé des mêmes participants qu'à cette table ronde. « Un outil de discussion au fil de l'eau », selon les mots de Stéphane Le Foll, qui aura pour mission prioritaire de vérifier que le crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) ne devienne pas argument au service de la guerre des prix, comme le dénonce déjà producteurs et industriels. Selon Stéphane Le Foll, les distributeurs se seraient engagés à exiger de leurs commerciaux qu'ils n'intègrent pas le CICE dans les négociations.

Le gouvernement a par ailleurs décidé de saisir l'autorité de la concurrence pour avis sur le regroupement récent de plusieurs centrales d'achat (Super U et Auchan, Intermarché et Casino). Une action qui aura au moins l'intérêt de mettre en lumière l'impact réelle de ces montages sur les relations commerciales. « Il faut être vigilant pour s'assurer d'une parfaite transparence dans l'application de la loi », a martelé Emmanuel Macron. Cette décision a été saluée par Xavier Beulin, président de la FNSEA. « Il y a comme un trou dans la raquette de l'Autorité de la concurrence, qui sanctionne plus facilement l'amont que l'aval de la filière », a-t-il réagi, faisant référence à « l'affaire des producteurs d'endives », restée « en travers de la gorge »...

Enfin, le rapport sur les contrôles et les sanctions des pratiques abusives, commandé par les pouvoirs publics, devrait être rendu public d'ici fin novembre, ont fait savoir les ministres aux participants.

En marge des discussions sur les négociations commerciales, Stéphane Le Foll a indiqué qu'un « guide des bonnes pratiques » à destination de la restauration collective était en cours d'élaboration, afin de faciliter l'approvisionnement local des cantines.

Alain Cardinaux