Depuis que le conseil régional du Nord Pas-de-Calais a voté en mai 2009 un plan régional consacré à la forêt, un véritable bras de fer entre agriculteurs et élus régionaux s'est instauré. Il a abouti le 18 février dernier, à un moratoire jusqu'au 1er septembre.

Les agriculteurs vont profiter de cette période de six mois pour tenter de réorienter le plan du Conseil régional, en espérant qu'il ne s'agisse pas d'une simple parenthèse pour raison d'élections cantonales, mais d'une réelle volonté des élus, de prendre en compte les contraintes du monde agricole.

Seulement 7 % de forêt

Tout est parti du constat que dans le Nord Pas-de-Calais, les surfaces boisées ne représentent que 7 % du territoire contre 28 % en moyenne, à l'échelle nationale, un chiffre qui place la Région à la toute dernière place des Régions françaises, loin derrière l'Ile-de-France.

« L'objectif de la Région est de doubler sa superficie en zones boisées d'ici à 2040, précise le service de l'environnement du Conseil régional. Sachant que même en multipliant par deux les surfaces boisées, c'est-à-dire en passant à 14 %, nous serions encore derrière l'Ile-de-France. » Doubler la surface de bois correspond à une augmentation en trente ans, de 90.000 ha, soit 3.000 ha par an, à implanter en bois ou en agroforesterie.

Les aides de la Région ou de l'Agence de l'eau sont incitatives puisqu'elles se montent à entre 50 et 70 % de l'investissement et des travaux d'implantation, selon les projets. Avec la mise en place du moratoire, la mesure de boisement a été suspendue, celle qui concerne l'agroforesterie est maintenue.

Les bonnes terres visées en priorité

« Il faut comparer ce qui est comparable, nous avons déjà dans la Région une forte emprise de l'urbanisation et de bonnes terres agricoles dont la vocation est de nourrir la population, explique Philippe Daussy, agriculteur à Marconnelle, près d'Hesdin. Le problème est que le plan de reboisement de la région s'adresse uniquement aux parcelles labourées et pas aux prairies, donc aux terres de bonne qualité. De même, il peut concerner des parcelles à partir de 1 à 2 ha ; on risque de trouver parsemés dans la nature, des bois de petites tailles, avec les problèmes de parcellaire et surtout d'ombrage que cela peut entraîner pour les champs cultivés voisins. »

D'autres pointent du doigt les risques de prolifération de lapins et de gros gibiers. Les agriculteurs ne sont pas contre le boisement, mais ils souhaiteraient que le choix des parcelles, à l'échelle de chaque territoire, soit judicieux. C'est a priori ce qui est prévu au cours des réunions de concertation qui vont se mettre en place d'ici à septembre. La première avait lieu cette semaine.

Un enjeu de plus d'un milliard d'euros

Soustraire de l'agriculture 90.000 ha en 30 ans pour les reboiser équivaut à la disparition de 10 % des terres agricoles cultivées actuellement dans la Région Nord-Pas-de-Calais. « Or l'agriculture et l'agroalimentaire pèsent 11,7 milliards d'euros dans l'économie régionale, l'enjeu serait donc de plus d'un milliard d'euros pour la Région, soulignent les responsables des FDSEA du Nord et du Pas-de-Calais. Au-delà des données purement économiques, supprimer 90.000 ha de terres agricoles correspondrait à la disparition de 1.500 exploitations agricoles et 7.500 emplois liés à l'agriculture ! »

B.Ca.