Toujours très critique sur l’impact des subventions directes à la production, accusées de distorsion de concurrence sur les marchés mondiaux, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) recommande dans son dernier rapport de « réorienter le soutien vers des améliorations des services publics qui bénéficient aux producteurs, aux consommateurs et à la société dans son ensemble ».

392 milliards d'euros d’aides aux agriculteurs

Dans les 53 grands pays agricoles étudiés, au total 445 milliards de dollars (392 milliards d’euros) sont versés directement aux agriculteurs chaque année, indique le rapport de 500 pages intitulé « Politiques agricoles : suivi et évaluation 2019 ». « La grosse majorité de ces aides va directement à la production », mais n’influe pas sur les décisions à prendre, souligne Ken Ash, directeur du commerce et de l’agriculture à l’OCDE, auprès de l’AFP.

Selon le rapport, 54 % du soutien est dispensé de telle sorte qu’il « maintient artificiellement les prix agricoles intérieurs au-dessus des niveaux en vigueur sur les marchés internationaux », ce qui « porte préjudice aux consommateurs », et en particulier aux plus pauvres. Évoquant « le climat, l’utilisation des terres agricoles ou des ressources en eau », Ken Ash ajoute que « moins de 20 % des aides agricoles sont affectées à ces sujets sociétaux plus larges ».

« Des transferts de revenu »

« La plupart des aides sont simplement des transferts de revenus » au bénéfice des agriculteurs, a-t-il regretté, « et la part des subventions agricoles liées à l’environnement est assez basse un peu partout dans le monde, comparé au niveau moyen de soutien du secteur ». Au total, selon le rapport, dans l’Union européenne, « près de 80 % » des aides de la politique agricole commune sont des transferts directs de revenus aux producteurs ».

Aux États-Unis, le soutien direct aux producteurs représente 80 % des aides publiques à l’agriculture et en Chine 85 %. En Chine, sur la période de 2016 à 2018, les prix perçus par les producteurs « étaient en moyenne 12 % supérieurs aux cours mondiaux », précise le rapport. Dans ce pays, le soutien intervient principalement via des prix d’achat minimaux du riz et du blé.

Environnement et assurances

L’OCDE recommande aussi « d’envisager tous les instruments économiques possibles pour atteindre les objectifs dans le domaine de l’environnement, de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation à celui-ci. Dans beaucoup de pays, les performances environnementales de l’agriculture progressent moins vite, voire régressent, depuis le milieu des années 2000 : les pays devraient investir pour combler leur déficit de connaissances et s’appuyer sur les technologies numériques pour ce faire. »

Au sujet de l’assurance, sujet très discuté en ce moment en France notamment, l’OCDE recommande de « concentrer le soutien public aux risques de catastrophes auxquels le secteur privé n’a pas de solution à apporter. Il convient de veiller à ce que le soutien public n’empêche pas les solutions privées fondées sur des instruments de marché de se diffuser, et à ce que les producteurs ne soient pas surindemnisés ou encouragés à adopter des pratiques risquées ou non durables. »

AFP