Leur engagement, leur passion et leur envie d’exercer leur métier ont bouleversé les membres de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Cette délégation vient de rendre un rapport complet de ses entretiens avec des agricultrices, entre colloque, rencontres en région et entretiens avec des personnes qualifiées.

Le document souligne les obstacles que rencontrent les agricultrices dans l’exercice de leur métier, dans la conciliation de leur vie privée et professionnelle et enfin, lorsqu’elles prennent leur (maigre) retraite. Les femmes disposent en agriculture d’une panoplie complète de statuts, de la conjointe collaboratrice à la chef d’exploitation. Mais cela ne suffit pas à aplanir toutes les entraves à un exercice serein de leur métier.

La fin des « sans statut »

Tout d’abord, trop nombreuses sont encore celles qui n’ont aucun statut, jeunes femmes arrivées souvent par mariage sur l’exploitation ou épouses qui ont accompagné sans statut particulier leur époux. Tout cela pèse lourd à l’heure du départ à la retraite ou parfois quand survient un divorce.

Aussi, la délégation aux droits des femmes suggère-t-elle que soit renforcée et régulièrement renouvelée, la communication sur les statuts existants. Avec des points réguliers sur le montant des retraites généré. Elle propose aussi que la durée du statut de conjointe d’exploitant soit limitée à cinq ans pour pousser à l’option d’un statut plus complet. Elle recommande la prise en compte des meilleures années d’activité pour rehausser un peu la maigre retraite des agricultrices qui ne devrait pas se situer en dessous du minimum vieillesse.

Moins de foncier

Ensuite, à ceux qui pensent que l’agricultrice est désormais « un agriculteur comme les autres », la réalité économique retracée dans le rapport de la délégation aux droits des femmes apporte un cinglant démenti : les femmes s’installent sur de plus petites exploitations, plus diversifiées et plus souvent en agriculture biologique. Elles héritent moins souvent de foncier. Elles se heurtent au scepticisme des banquiers, comme à celui des commissions fortement masculines, quand il y a des décisions stratégiques en jeu.

Les agricultrices s’installent plus tard et, de ce fait, n’entrent pas aussi facilement dans les clous des aides à l’installation. La délégation dans sa liste de 40 propositions suggère donc de moduler la surface minimale ou son équivalent, de remplacer les critères d’âge par la notion de première installation, de faire entrer davantage de profils atypiques dans les commissions d’attribution des agréments ou du foncier. Elle suggère aussi la création d’un fonds de garantie à l’initiative des femmes.

Pouvoir s’absenter

Une fois les femmes installées, il faudrait faciliter la conciliation de la vie privée et familiale avec le travail sur l’exploitation, l’accès à des sessions de formation (les femmes se forment moins que les hommes). Il est à noter que seules 58 % des femmes demandent leur congé de maternité.

Pour faciliter l’articulation entre travail et famille, la délégation suggère d’informer davantage les femmes sur leurs droits et sur les services de remplacement. Il faut faciliter le recours à des aides, y compris à domicile (de type chèque emploi-service) pour pallier leur absence en cas de prise de responsabilité, de formation ou pour la garde des enfants. Les solutions d’accueil pour la petite enfance sont trop peu nombreuses en milieu rural. Sans compter que le métier demande de la souplesse à ces services.

Les réseaux à l’honneur

Chaque crise économique le rappelle : les femmes sont les premières à quitter le métier pour assurer un revenu extérieur. La délégation demande que l’accès aux aides de type « prime d’activité » soit simplifié pour encourager les démarches indispensables. La délégation souligne aussi que l’accueil des stagiaires doit prévoir la présence de jeunes femmes dans des locaux adaptés.

Les demandes de formation de conduite d’entretien sur le matériel sont également à prendre en compte pour donner une autonomie plus grande aux femmes dans les fermes. Elle encourage les initiatives départementales mettant à l’honneur les femmes qui exercent avec talent leur métier. Elle souligne l’intérêt des réseaux féminins qui procurent aux exploitantes du dynamisme et qui rompent leur isolement.

Enfin, pour que les projets des exploitantes, leur approche du métier, leurs spécificités quand elles existent soient respectés dans leur diversité, la délégation recommande que les femmes soient davantage présentes à la hauteur de leur nombre (28 à 33 % des chefs d’exploitation) non seulement lors des élections, mais aussi au tour suivant quand il s’agit d’élire les conseils d’administration des chambres d’agriculture et des syndicats. À ce titre, elle pointe du doigt le peu de statistiques disponibles dans les coopératives et leurs unions.

Au final, ces 40 recommandations réclament, avant tout, au-delà des discours convenus et des ajustements juridiques, une réelle volonté des politiques, mais aussi des responsables agricoles, de donner aux femmes leur place entière dans le métier.

Marie-Gabrielle Miossec