La nuit du 12 au 13 juin a été courte pour les représentants de la FNSEA et de JA (Jeunes Agriculteurs). Après trois heures trente d’échanges avec Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et une réunion au petit matin des instances de la FNSEA, les deux syndicats ont appelé à suspendre le blocage des 18 sites paralysés par des agriculteurs. Cette décision fait suite aux différents engagements pris par le ministre de l’Agriculture. Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, s’est félicitée des avancées obtenues tout en restant prudente sur leur concrétisation.

Vigilance sur les accords commerciaux

Sous le slogan « n’importons pas l’agriculture dont nous ne voulons pas », les deux syndicats ont fait des distorsions, dont sont victimes les agriculteurs français, leur cheval de bataille. A ce sujet, Stéphane Travert se serait engagé à ce que la France réclame des accords « plus forts » et « moins distorsifs » auprès des instances européennes.

FNSEA et JA reprochent aux accords commerciaux (Mercosur, Ceta…) de permettre l’importation de produits qui ne respectent pas les normes européennes. « Les consommateurs subissent aussi ces distorsions », explique Christiane Lambert. FNSEA et JA ont d’ailleurs demandé que l’expérimentation de l’étiquetage de l’origine des produits alimentaires commercialisés en France soit reconduite après sa phase d’expérimentation qui doit s’achever à la fin d’année. Stéphane Travert devrait en faire la demande au prochain Conseil des ministres.

Les deux syndicats ont également trouvé un début de satisfaction quant à la régulation de la surtransposition des normes au niveau national. Ils ont obtenu que le Comité de rénovation des normes en agriculture (Corena), dont la mission est de travailler à la simplification des normes, se réunisse le 13 juillet prochain. Cet organisme, mis en place sous la présidence de François Hollande, est « inactif depuis mars 2017 », a regretté Christiane Lambert.

Samuel Vandaele, Jérémy Decerle, Christiane Lambert, et Jérôme Despey lors de la conférence de presse du 13 juin 2018 © © B.Quantinet/GFA

Confirmation écrite attendue

Ces avancées sont satisfaisantes pour la FNSEA et JA mais pas suffisantes. Même si Jérémy Decerle, président des JA, a reconnu que la capacité des deux syndicats à rassembler « les troupes » avait permis de faire bouger les lignes, il regrette de ne pas avoir trouvé de terrain d’entente sur l’allégement du coût du travail et souhaite une prise de position claire d’Emmanuel Macron sur sa vision du futur de l’agriculture française.

Les deux syndicats attendent maintenant la signature définitive d’un courrier reprenant les premiers engagements pris par la ministre de l’Agriculture et restent très attentifs aux futures discussions avec le groupe Total. Christiane Lambert a demandé à ce que la France soit « plus pushing » sur le sujet de l’importation de l’huile de palme et que la quantité de colza prévue pour alimenter le site de La Mède soit revue à la hausse. Sera-t-elle entendue ?

Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a conclu l’intervention en rappelant que les deux syndicats restent vigilants. « Si dans les jours qui viennent, il n’y a pas de signaux, nous reviendrons pour nous faire encore plus entendre » a-t-il martelé.

Bertille Quantinet