FranceAgriMer a mis en ligne son site le 30 août 2017 un document intitulé « Prospective de la filière du lait de vaches ». L’organisme y examine « des futurs possibles plus ou moins favorables », ce travail ayant pour objectif de faciliter « l’émergence de stratégies collectives favorisant ou au contraire s’opposant à l’advenue de ces futurs ». Le rapport décline en quatre scénarios le devenir des marchés mondiaux du lait et de la filière laitière française. Voici ces scénarios.

« Lait high-tech et démondialisation »

Dans un contexte mondial de crise monétaire et financière, les pays historiquement importateurs de produits laitiers développent leurs propres filières de production laitière. Leur objectif : démondialiser leurs économies et gagner en autonomie. La consommation mondiale de produits laitiers reste soutenue et le lait est reconnu comme source de protéines. En Europe, le changement climatique fait apparaître des épizooties inédites (du type Schmallenberg ou FCO) frappant les cheptels.

Dans ce contexte, l’industrie laitière française s’efforce de valoriser son avance technologique, en exportant son savoir-faire sur un marché mondial de poudres « high-tech », et en implantant ses usines au plus près des foyers de consommation. Deux modèles d’exploitations françaises coexistent : un modèle familial extensif basé sur l’agroécologie fournissant des marchés de proximité, et un modèle de monoproduction laitière alliant automatisation, intrants et salariat pour une production destinée à l’industrie.

« La spirale concurrentielle »

Un discours anti-lait au sein de l’Union européenne tire vers le bas la consommation communautaire de produits laitiers. À l’inverse, la demande laitière ne cesse de croître dans les pays émergents. Pour amortir les outils de transformation, les industriels se lancent dans une course effrénée à la baisse des prix, jusqu’à faire fondre leurs marges. La grande distribution n’ayant pas réussi le défi logistique, les transformateurs mettent en place leurs propres outils de distribution, favorisés par le développement des ventes par internet. Des fermes laitières spécialisées sont ainsi financées par les transformateurs. En France, la « ferme des 1 000 vaches » est la norme.

« Une filière laitière conquérante et régulée »

Le climat économique est serein et propice aux investissements. En Europe, la consommation de produits laitiers est relancée. Les transformateurs français profitent de ce contexte favorable pour poursuivre leur développement, en allant s’implanter dans des pays jusqu’alors importateurs de produits laitiers. Pour autant, la concurrence fait rage car les principaux bassins d’exportation suivent cette stratégie de développement.

En France, un modèle d’élevage dominant en monoproduction s’affirme, synonyme d’intensification de la production et d’augmentation des investissements. Un second modèle d’élevage plus confidentiel émerge cependant, et capitalise sur une forte identité locale. Ce second modèle est soutenu par les politiques publiques. L’interprofession joue son rôle régulateur en s’inspirant des modèles américains d’intervention, favorisée par un regroupement des producteurs dans les coopératives et organisations de producteurs.

« Le défi de la régression »

Un fort discours anti-élevage et anti-lait sévit en Europe, conduisant à une nette réduction de la consommation communautaire de produits laitiers. L’offre dépasse largement la demande. Mécaniquement, le prix de lait baisse. Les attentes environnementales et sociétales sont de plus en plus importantes.

Face à cette nouvelle donne, les organisations de producteurs européennes organisent la réduction de la production laitière communautaire. Les éleveurs, via leurs propres outils de transformation, ou en partenariat avec l’industrie, cherchent à commercialiser leur production auprès de consommateurs de plus en plus exigeants, dans un contexte où l’étiquetage environnemental s’est généralisé. Les exploitations cessent leur course à la spécialisation laitière en revenant à une relative autonomie fourragère, et en se positionnant sur des marchés à forte valeur ajoutée.

V. Gu.