C'est un nouveau pavé dans la marre des allégations en ce qui concerne la santé mises en avant pour valoriser les produits bio que viennent de lancer des médecins américains de l'université de Stanford, mardi, en publiant les résultats d'une méta-analyse (1) selon laquelle les produits biologiques n'apportent pas de bénéfice sanitaire significatif comparé aux produits issus d'une agriculture dite conventionnelle – et sans autre distinction si ce n'est qu'elle utilise des intrants chimiques.

Leur étude parue dans une revue scientifique outre-atlantique (2) s'est appuyée sur l'analyse de 237 publications comparant de façon rigoureuse les aliments biologiques et conventionnels, après avoir passé au crible plusieurs milliers d'études en la matière. Seules 17 des études retenues comparaient l'état de santé des patients nourris avec des produits bio d'un côté et conventionnels de l'autre, les autres se concentrant sur les propriétés des aliments eux-mêmes, soulignent les médecins.

S'ils indiquent qu'il existe de nombreuses raisons, notamment environnementales et gustatives, pour choisir des produits bio plutôt que conventionnels, en revanche ils ont constaté à leur grande surprise que sur le plan sanitaire il n'y a finalement pas grande différence entre un produit bio et un produit conventionnel.

D'un point de vue nutritionnel d'abord, les produits bio n'ont pas fait la preuve d'une valeur ajoutée, selon les médecins américains.

A l'exception du phosphore, pour lequel les niveaux étaient significativement plus élevés dans les produits bio comparé aux produits conventionnels, relève l'analyse, les quantités de vitamines, minéraux, protéines ou lipides relevées dans les aliments sont sensiblement les mêmes.

Et encore pour le phosphore, cette différence en faveur du bio « n'est pas cliniquement significative », relève le résumé de l'étude. « Comme les carrences sont rares, l'intérêt sanitaire est faible », traduit la rubrique santé du Figaro.fr, dans un article sur le sujet.

Dans la catégorie particulière des fruits et légumes, les chercheurs avouent ne pas avoir été capables de déceler la moindre différence.

Trois des études menées sur l'homme n'ont pas trouvé de différences significatives entre produits bio et conventionnels en ce qui concerne des manifestations allergiques ou des symptômes d'infection à Campylobacter, indique encore l'étude.

Les médecins soutiennent aussi que le risque de contamination par la bactérie Escherichia coli, qui peut s'avérer mortelle comme l'a montré la crise du printemps de 2011 en Europe, impliquant des graines germées de soja bio venues d'Egypte, ne diffère pas entre les aliments bio et les aliments conventionnels.

Les risques de contamination par les aliments à base de poulet ou de porc vendus au détail seraient identiques, selon les médecins, et « sans rapport avec la méthode d'élevage ».

L'équipe de madame Bravata, qui a dirigé cette étude, a toutefois découvert une différence notable, en faveur du bio, pour ce qui concerne les bactéries résistantes aux antibiotiques : le risque de présence de bactéries résistantes à divers antibiotiques est 33 % plus élevé dans le poulet ou le porc non biologique.

Quant aux pesticides, manger des fruits et légumes bio réduit l'exposition de 30 %, notamment chez les enfants, estime l'étude. Même si les analyses effectuées dans « le sérum, l'urine, le lait maternel, et le sperme chez les adultes n'a pas identifié de différences cliniquement significatives ».

Les niveaux de pesticides observés dans l'agriculture conventionnelle étaient dans les limites autorisées (aux USA), remarquent les médecins.

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(1) Une méta-analyse est une étude réalisée par une équipe de chercheurs sur la base d'un très grand nombre de références scientifiques déjà publiées sur un sujet donné. Dans cet exemple, les médecins de Stanford ont observé un millier d'études pour n'en retenir un peu plus de 200.

(2) Sources : étude de référence (Annals of Internal Medicine – Are Organic Foods Safer or Healthier Than Conventional Alternatives : A Systematic Review), agence de presse, le Figaro.fr/Santé.

B.V.