Alors que le marché européen est enfin haussier, la Cooperl avait décidé début juillet de ne pas suivre le cours du Marché du porc breton (MPB) pour payer ses propres adhérents. Elle l’avait déjà fait à l’été 2015, lorsque Stéphane Le Foll avait parlé d’un prix d’objectif de 1,40 €/kg, déconnecté selon elle de la situation du marché.

Cette décision a provoqué quelques remous, qui l’ont conduite à publier pour ses membres une lettre d’explications, le 8 juillet. Elle a aussi suscité l’incompréhension des responsables syndicaux de tous bords. Interrogés par La France agricole, ils ont manifesté leur indignation. Ainsi, le président de la FNP (fédération nationale porcine), Paul Auffray, a regretté que la coopérative « privilégie la logique industrielle aval par rapport à l’amont ». Pour François Valy, de la FRSEA Bretagne, « cette décision donne un mauvais signe à tout le monde, sur le marché français, mais aussi européen ».

Catherine Laillé, de la Coordination rurale, a évoqué une « décision à contre-courant du marché et à l’opposé des intérêts des producteurs, alors que le prix est à la hausse ailleurs en Europe – en Allemagne, en Espagne… De la part d’une coopérative, c’est insupportable ! » Même indignation de la part de Pierre Brosseau, de la Confédération paysanne, qui s’interroge sur les raisons de cette « politique de la terre brûlée ».

« Notre but est de consolider le prix le plus longtemps possible »

Le président de la Cooperl, Patrice Drillet, a réfuté toute polémique et démenti le fait que le prix de la coopérative soit inférieur à ceux des autres acheteurs. « Nous accompagnons les hausses, nous a-t-il expliqué le 19 juillet. Fin juin-début juillet, nous nous sommes effectivement décalés de 2 centimes [en moins, ndlr], mais cela sera pondéré sur l’année. L’important, c’est que le prix moyen Cooperl payé sur l’année soit supérieur aux autres, et que le résultat final des adhérents soit meilleur que les autres. Et c’est le cas en 2015 mais aussi les années précédentes. Le marché monte, il le fallait absolument pour les éleveurs. Notre but est de consolider le prix le plus longtemps possible. Nous sommes complètement conscients de la situation de trésorerie des adhérents. Sauf que nous sommes dans un marché très concurrentiel », dont la Cooperl doit tenir compte pour maintenir ses débouchés, en particulier face à une Espagne redoutable.

Elsa Casalegno