Dans le grand jeu de poker menteur que sont les négociations commerciales, les distributeurs et les transformateurs continuent à se renvoyer la balle. Aujourd’hui, ce sont les enseignes de la grande distribution qui prennent l’avantage en termes d’image, en affichant leur soutien aux producteurs, alors que des manifestations devant plusieurs usines de groupes coopératifs ont eu lieu ces dernières semaines. Et en donnant des leçons de transparence aux industriels, qui apprécieront sûrement…

« Aucune vision de ce qui est reversé aux producteurs »

Dans un communiqué du 21 juin, la FCD constate que « malgré les efforts faits individuellement depuis le début de 2017, [les enseignes] n’ont aucune vision de ce qui est réellement reversé aux producteurs. Cette situation n’est plus supportable. Le produit intégral des efforts faits par les distributeurs doit être reversé aux éleveurs. »

La FCD demande donc aux transformateurs de « prendre un engagement solennel de transparence, en appliquant la loi Sapin 2, avant le lancement des États-généraux de l’alimentation. » Elle confirme également sa « pleine adhésion à la charte laitière de valeurs signée en 2016 » mise en place par la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), qui vise à inciter industriels et distributeurs à mieux rémunérer les éleveurs laitiers.

« Extension aux produits sous MDD »

Pour leur part, les enseignes annoncent qu’elles « souhaitent et sont d’accord pour étendre l’application des dispositions de la loi Sapin 2 sur la transparence aux contrats d’une durée supérieure à un an pour les produits sous MDD (marque de distributeur), en travaillant à la prise en compte de prix de référence ».

De plus, chacune « examinera rapidement les demandes qui lui seront transmises par les coopératives sur les produits sous MDD, au titre de la mise en œuvre des clauses de revoyure », dans les limites des règles de concurrence, « et en tenant compte des engagements déjà pris ».

Lidl prône un revenu minimum garanti

Lidl va plus loin, par la voix de Michel Biero, gérant des achats pour Lidl France, qui « interpelle le ministre de l’Agriculture et les pouvoirs publics, pour demander que les éleveurs bénéficient d’un revenu minimum garanti, fruit de leur travail. C’est la seule option pour faire bouger les lignes et leur assurer un revenu décent. »

L’enseigne appliquera la loi Sapin 2 « à tous ses contrats entrant dans le champ d’application, quelle que soit leur durée de validité », afin de « promouvoir une meilleure répartition des hausses tarifaires qu’elle accorderait entre les différents acteurs ». Elle demande également « aux coopérateurs/transformateurs de reverser aux éleveurs laitiers, de manière équitable et dans le respect des règles de la concurrence, les hausses négociées. » Enfin, Lidl annonce la mise en place d’une « charte Lidl, en faveur d’une juste et décente rémunération aux éleveurs », sans en détailler le contenu.

Système U attend des « garanties »

Quant à Système U, il avait annoncé hier que « devant la situation de la filière laitière », il rouvrait les négociations tarifaires avec les coopératives sur les produits sous MDD » afin de « permettre une amélioration du prix du lait payé aux producteurs ». Il « s’attachera à obtenir des garanties dans ce sens ».

E.C.