« Nous ne voyons aucuns signaux alarmants qui pousseraient les prix des céréales à la baisse », déclare Renaud de Kerpoisson, président du cabinet ODA lors d’une conférence de presse sur le marché des grains tenue à Paris ce mercredi 22 février 2017. Selon les analystes du cabinet Offre et Demande Agricole (ODA), les marchés céréaliers devraient être haussiers pour la fin de cette campagne ainsi que pour celle de 2017-2018.

Des stocks pas si élevés

« Les stocks semblent pharamineux, c’est ce qu’on lit partout. Mais si l’on retire uniquement les stocks chinois estimés, on retombe sur des bilans plutôt tendus en céréales », explique Didier Nedelec, directeur d’ODA. Les surplus de production chinois stockés ne sont pas mobilisés par le gouvernement, qui exerce une politique de stockage draconienne par crainte d’une nouvelle famine. « Ces volumes ne sont pas mobilisables, donc non exportables. Ils n’interviennent pas sur la mise en place des prix mondiaux », poursuit-il.

Moins de blé disponible à l’exportation

Le prix des céréales se forme par les volumes vendus par les huit plus grands exportateurs que sont la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, les États-Unis, l’Union européenne, l’Argentine et l’Australie.

« Or, l’Argentine et l’Australie ont beau avoir réalisé des récoltes records, celles-ci ont été entièrement absorbées par la demande brésilienne, ainsi que celle de l’Afrique du Sud et de l’Asie du Sud-Est », explique le directeur d’ODA.

De plus, dans la zone de la mer Noire, les producteurs retiennent leur production – déjà bien écoulée depuis le début de la campagne de commercialisation – dans l’attente que leur devise chute encore.

« Au final, dans nos régions, c’est l’Union européenne qui présente le plus grand disponible exportable, notamment pour l’Égypte en demande croissante de blé », ajoute-t-il. Problème, mauvaise récolte oblige, l’UE a déjà exporté 80 % de son surplus, et il n’y a plus qu’en France et en Allemagne qu’il reste des volumes à vendre. « Si nous continuons sur ce rythme d’exportation, nous ferons face à de sérieux problèmes pour la fin de campagne. Il va donc falloir que les prix français du blé augmentent dans le but d’éviter aux exportations de se poursuivre. », explique le président d’ODA.

À court terme, les prix du blé français devraient donc augmenter, tirés par une demande importante en provenance de l’Égypte et une offre faible. « Aujourd’hui, l’Europe est la destination la plus compétitive. Pour ralentir les exportations à la hauteur des volumes disponibles, il faudra que les prix français atteignent +10 € par rapport au blé US », explique Renaud de Kerpoisson. Alors, l’Égypte se tournera vers les blés américains.

Cultures fragilisées en 2017-2018

Concernant la nouvelle campagne, l’optimisme des dirigeants du cabinet d’analyse ne faiblit pas. « La consommation restera soutenue. De plus, la production de céréales peut être atténuée par la possible réapparition d’El Niño dès la fin du printemps de 2017. Ajoutons que les agriculteurs étant en difficulté à peu près partout dans le monde, certains auront fait des impasses de traitements de leur culture ou de leur semence. Cela fragilise les productions », résume le président d’ODA.

« Nous allons atteindre des niveaux de prix qui permettront aux agriculteurs de vivre. Soyez patients et soignez au mieux vos productions. », appelle Didier Nedelec.

C.L.J.