Quelle place tiendrait l’agriculture dans vos priorités de quinquennat ?

Emmanuel Macron : L’agriculture française nous nourrit, elle transforme nos paysages, elle est aussi un formidable atout économique pour le pays. Surtout, elle est au cœur de notre identité. À ce titre, elle fait partie des priorités de notre plan d’investissement. 5 milliards d’euros seront alloués sur 5 ans à l’agriculture pour permettre d’accompagner la modernisation de nos exploitations agricoles et faire face aux nombreux défis qu’elles doivent relever.

Quel modèle agricole défendez-vous ?

Il faut arrêter de toujours vouloir traiter de l’agriculture à travers la question des modèles de production. Une coexistence est possible et je dirai même souhaitable entre des exploitations agricoles qui doivent rester compétitives et tournées vers l’exportation et des exploitations agricoles qui font le choix des circuits courts. Ce n’est pas à l’État de choisir entre des modèles.

Que prévoyez-vous pour rendre les entreprises agricoles plus compétitives ?

Les agriculteurs sont avant tout des entrepreneurs qui bénéficieront des mesures annoncées pour libérer le travail : diminution du coût du travail par la transformation du CICE en allègement de charges, baisse de l’impôt sur les sociétés, révision de toutes les normes inutiles et simplification de ce qui doit l’être, convergence fiscale et sociale au niveau européen, institution d’un droit à l’erreur avec une Administration française qui accompagne au lieu de sanctionner…

Les agriculteurs doivent également être mieux protégés. En cas d’incident, ils auront dorénavant accès au chômage. Pour les retraites, l’allocation de solidarité aux personnes âgées (minimum vieillesse) sera augmentée et passera de 800 à plus de 900 euros.

Enfin, le plan de transformation agricole de 5 milliards d’euros sur 5 ans dont je vous ai déjà parlé pourra permettre aux agriculteurs d’investir dans la modernisation de leur exploitation pour rester compétitifs et pour répondre aux attentes des marchés et des consommateurs.

Comment faciliter l’installation en agriculture ?

En plus de la dotation au jeune agriculteur (DJA), nous donnerons accès à un prêt d’honneur à la personne sans demande de garantie d’un montant de 50 000 euros au maximum avec un différé de 2 ans.

Ferez-vous évoluer les Safer ?

Il est évident que nous ne pouvons pas accepter l’opacité des transactions comme celle des 1 700 hectares de terres agricoles achetés par des Chinois dans l’Indre. C’est la raison pour laquelle, nous renforcerons la transparence des transactions agricoles en soumettant toutes les sociétés foncières au contrôle des Safer.

Comptez-vous rendre l’assurance contre les aléas climatiques obligatoire ?

Je souhaite que l’assurance contre les aléas climatiques reste volontaire mais je veux la rendre plus efficace et plus accessible lors des prochaines négociations européennes sur la simplification.

Pensez-vous qu’il est possible d’assurer un revenu ?

Nous ne souhaitons pas subventionner des dispositifs d’assurance de chiffre d’affaires qui peuvent toujours être souscrits à titre privé. En revanche, je pense que le meilleur moyen d’assurer un revenu, c’est le prix payé. À ce titre, nous devons protéger au niveau européen par la mise en place d’outils de régulation adaptés à chaque filière pour lutter contre la volatilité.

Quelle orientation portez-vous pour la Pac dans le cadre du Brexit ?

Nous nous engageons à maintenir le budget de la Pac. Notre projet est résolument européen. L’Europe reste la seconde puissance agricole mondiale, nous avons face à nous la Chine et les États-Unis. Désigner l’Europe comme le seul coupable de tous nos maux est une erreur, car c’est le seul espace qui va nous protéger dans la mondialisation. Ce que veulent les agriculteurs, c’est une Europe qui protège par des outils de régulation adaptés. C’est une convergence sociale et fiscale pour leur permettre d’avoir les mêmes règles du jeu que les autres pays producteurs. Ces sujets feront partie des priorités du prochain conseil européen des ministres de l’Agriculture.

Comment voulez-vous faire évoluer les aides ?

Si nous voulons protéger efficacement les agriculteurs, nous devons mettre en œuvre des mécanismes contracycliques qui ne se déclenchent que lorsque les cours s’effondrent en deçà d’un cours plancher afin d’éviter de produire à perte.

Comment prévoyez-vous de faire évoluer les traités de libre-échange ?

Quand un engagement est pris, il doit être tenu. Mais là encore, il s’agit d’avoir une Europe qui protège. Nous devons mettre en place un bouclier européen – c’est-à-dire une Europe qui définit une politique commerciale alignée avec ses intérêts agricoles – car comme me l’ont souvent dit les agriculteurs : « Oui, nous sommes pour la mondialisation mais à armes égales. »

Comment assainir les relations dans les filières agroalimentaires ?

Renforcer les pouvoirs de négociation des agriculteurs et se battre pour faire évoluer le droit de la concurrence au niveau de l’Union européenne est une priorité. Nous permettrons aux producteurs de s’organiser en OP territoriale pour pouvoir négocier à armes égales avec les centrales d’achat et obtenir des prix justes. Nous devrons également permettre aux organisations de producteurs d’avoir des compétences renforcées et nous encouragerons les contrats de filières avec la grande distribution dans une logique de construction des prix à partir des coûts de production. Nous organiserons par ailleurs un Grenelle de l’alimentation avec les représentants des agriculteurs, des industries de transformation, de la distribution et des consommateurs, afin de définir un partage équilibré de la valeur. Il s’agira notamment de s’organiser afin de permettre aux agriculteurs de pouvoir bénéficier de prix qui leur permettent de vivre de leur travail.

Quel avenir pour le concept d’agroécologie ?

L’agroécologie, c’est réussir à combiner développement agricole et protection/régénération de l’environnement. Je crois que tous les agriculteurs ont compris cette nécessité. La France est un des plus gros consommateurs de pesticides au monde, ce qui a des effets néfastes sur l’environnement, la biodiversité et la santé, et d’abord celle des agriculteurs qui sont les premiers concernés. La prise de conscience des agriculteurs est réelle.

Quelles mesures prendrez-vous dans ce sens ?

Nous séparerons les activités de conseil aux agriculteurs et de vente des pesticides, qui peuvent aujourd’hui susciter des conflits d’intérêts. Nous soutiendrons la recherche pour permettre de trouver des alternatives. Notre rôle est d’accompagner cette transition écologique. Nous ajouterons par ailleurs aux mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) existantes, un PSE « paiement pour services environnementaux » de 200 millions d’euros pour sortir de cette écologie punitive et pour permettre de rémunérer les services rendus par les agriculteurs. Là encore, nous doublons presque l’enveloppe qui était disponible jusqu’à présent.

Quelle est votre position par rapport au statut de l’animal ?

De très nombreux éleveurs m’ont fait part de leur désarroi sur ce sujet. Je tiens à rappeler que quand on est éleveur, on aime les bêtes et que c’est avant tout une passion. Certaines pratiques de maltraitance animale, mises en avant par des associations virulentes, sont condamnables. Pour autant, nous ne devons pas faire de généralités à partir de cas particuliers. Nous devons accompagner la montée en gamme de nos filières agricoles comme la meilleure prise en compte du bien-être animal. Par exemple, la modernisation de certains abattoirs doit se faire et les conditions de travail de leurs salariés doivent être améliorées : cette modernisation sera accompagnée dans le cadre du plan de transformation agricole.

Mangez-vous de la viande ?

J’aime beaucoup ça !

Propos recueillis par Rosanne Aries, Alain Cardinaux et Bérengère Lafeuille