À feuilleter rapidement les deux programmes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’inscrivent dans une dynamique globalement favorable aux énergies renouvelables. Mais le diable se cache dans les détails. En effet, la candidate du Front national formule une exception à l’encouragement des ENR. L’éolien représente pour elle une pollution visuelle, qui pourrait aussi être dangereuse pour la santé des habitants à proximité et pour lequel elle décrétera un moratoire. À l’inverse, le candidat d’En Marche souhaite doubler le parc éolien et solaire lors de son quinquennat. Pour y arriver, il veut notamment simplifier et raccourcir les procédures.

Nucléaire ou ENR, Marine Le Pen ne tranche pas

Pour Marine Le Pen, la transition énergétique passe par un premier enjeu, celui de « maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française », condition de l’indépendance énergétique de la France. Alors que Le Monde rappelle qu’en 2012, Marine Le Pen reconnaissait les dangers du nucléaire et confiait qu’il faudrait en sortir à terme, plus aucune allusion n’est faite à cet objectif. La fermeture de la centrale alsacienne de Fessenheim ne sera pas opérée. La montée en puissance des énergies renouvelables, « solaire, biogaz, bois… », est avancée dans le programme, en respectant un principe de protectionnisme et de patriotisme économique, mais sans objectif précis. Les deux députés du FN, Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse) et Gilbert Collard (Gard), se sont pourtant abstenus lors du vote de la loi sur la transition énergétique en juillet 2015.

Loi sur la transition énergétique, la bonne voie selon Emmanuel Macron

Emmanuel Macron souhaite poursuivre les objectifs de la loi sur la transition énergétique et abaisser de 75 % à 50 % en 2025 la part du nucléaire dans la production électrique française. Mais il ne précise pas les moyens qui devront être mobilisés. Il s’engage à fermer Fessenheim. Mais cette décision dépend en partie de la mise en service de l’EPR de Flamanville. Et pour les quelque 18 autres réacteurs qui devraient être fermés pour parvenir à l’objectif de 50 %, le candidat d’En Marche laisse à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) la responsabilité de juger au cas par cas.

Les fossiles dans la balance

Sur les énergies fossiles, Emmanuel Macron entend fermer les dernières centrales au charbon françaises (qui représentent 1,4 % de la production électrique, selon La Tribune) d’ici à 2022. Il est par ailleurs opposé à la délivrance de nouveaux permis d’exploitation pour les hydrocarbures et à l’exploitation du gaz de schiste, mais pas à l’exploration. Marine Le Pen, pour sa part, ne mentionne pas les centrales à charbon, mais veut également maintenir l’interdiction d’exploiter les hydrocarbures non conventionnels.

Disparités sur les taxes, l’hydrogène, le stockage, la chaleur

Chacun des candidats avance ses pions sur certains thèmes. Marine Le Pen souhaite par exemple développer une filière de l’hydrogène, surtout dans la mobilité. Emmanuel Macron veut, lui, concentrer les efforts de R&D sur le stockage de l’énergie et les réseaux dits « intelligents ». Il souhaite par ailleurs raccorder les villes aux réseaux de froid et de chaleur.

Le candidat d’En Marche se prononce aussi en faveur d’un marché européen unique de l’énergie, dont les premiers éléments ont déjà été mis sur la table. Conformément à la loi sur la transition énergétique, il veut faire croître le montant de la taxe carbone avec un objectif de 100 euros la tonne en 2030. Il souhaite pérenniser le dispositif pour 5 ans en l’inscrivant dès le début du quinquennat dans la loi de finances. Marine Le Pen promet de baisser de 5 % les tarifs réglementés de l’électricité et du gaz, tout en annonçant une augmentation de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), tarif auquel les opérateurs alternatifs peuvent se fournir auprès de EDF.

Vincent Gobert