Pas d'annonce particulière du ministre mais des déclarations d'intention sur les sujets qui fâchent : le 14 juin 2013 lors du congrès de la Fédération nationale porcine à Aurillac, Stéphane Le Foll, est venu avant tout rassurer une filière en crise profonde depuis six ans.

La conjoncture du premier semestre de 2013 accentue les difficultés avec un prix du porc qui ne décolle pas et une nouvelle baisse de l'indicateur de marge ne permettant pas d'atteindre l'équilibre économique (712 € de marge sur coût alimentaire de janvier à mai 2013 contre 1.033 € sur la même période de 2012).

Pour Jean -Michel Serres, président de la FNP, « il y a urgence à actionner les bons leviers d'action pour assurer un avenir à l'élevage de porcs français. Vouloir remonter le niveau de production à 25 millions de porcs conformément aux conclusions du rapport rendu par le gouvernement le 15 avril dernier est une chose. Se donner les moyens d'y parvenir en est une autre ! »

Concrètement, la filière porcine a besoin de moderniser et restructurer ses élevages. Pour ce faire, « les producteurs doivent retrouver une liberté d'entreprendre grâce à une levée de l'étau réglementaire français, pénalisant par rapport à ses concurrents européens comme le Danemark ou l'Allemagne. »

« La réglementation sur les installations classées avance », a assuré le ministre. Le régime de l'enregistrement, entre 450 animaux équivalents et 2.000 emplacements de porcs de production, s'intercalant de fait entre celui de la déclaration et celui de l'autorisation, devrait être accepté par le Premier ministre le 4 juillet prochain.

Relancer la production porcine est inséparable d'une meilleure promotion du porc français. Les résultats de l'accord Inaporc du 15 décembre 2010 portant sur l'affichage volontaire de l'origine des produits issus du porc témoignent qu'en décembre 2012, près de 40 % des références (dont 15 % de VPF) représentant 60 % des parts de marché indiquent l'origine de leur matière première.

« Insuffisant » juge la filière qui souhaite, outre cet étiquetage de provenance, engager un plan d'action et de promotion de la démarche VPF et faire prendre en compte les variations de leurs coûts de production dans les négociations commerciales.

Plusieurs opérations « coup de poing » ont été conduites depuis le début de mai. Message reçu là encore par le ministère avec la récente nomination d'un médiateur chargé de trouver une revalorisation du prix payé aux producteurs auprès des distributeurs. « L'autorité du ministre sera nécessaire dans ce dossier, qui ne doit pas se limiter au seul marché de la viande fraîche », estime Jean-Michel Serres.

Porc Montagne

Concernant le porc Montagne – incontournable dans un département comme le Cantal –, les attentes sont aussi nombreuses que les interrogations. Pour le ministre, ayant promis au dernier Conseil national de la montagne que « sa mobilisation en faveur de l'agriculture de montagne serait sans faille », les négociations pour mettre en place des aides couplées jusqu'au niveau de 12 % – voire 15 % – du budget national de la Pac restent d'actualité à Bruxelles. « Même si ce n'est pas facile, nous trouverons un compromis entre 12 et 15 % », a-t-il affirmé vendredi à Aurillac.

Autre bataille engagée : celle visant à faire bouger la proposition de la Commission européenne sur son exigence d'« au moins 50 % d'alimentation en provenance des zones de montagne » pour pouvoir bénéficier de la mention « Produit de Montagne », reconnue au plan européen depuis le 3 janvier 2013.

Dans un département comme le Cantal, où les prairies permanentes représentent plus de la 80 % de la SAU, cette mesure conduirait à la disparition d'une filière de qualité générant 2.000 emplois directs et indirects sur la région. Or, cette filière permet aujourd'hui des installations sans apport de foncier et le maintien des outils d'abattage et de transformation. « Le compromis se situera en deçà de 50 %. Ne me demandez pas de démarrer cette négociation à 0 %, ce serait peine perdue ! », a affirmé Stéphane Le Foll.

Monique Roque-Marmeys