Comme annoncé la semaine dernière, le gouvernement prévoit une enveloppe d’un milliard d’euros pour développer l’agriculture biologique en France dans les cinq ans. Un nouveau « plan bio » salué par les syndicats agricoles, qui regrettent cependant le flou ambiant.

« Franchement, quelle opacité dans l’annonce de ces efforts budgétaires ! Qui peut comprendre d’où vient le 1,1 milliard d’euros annoncé ? Qui plus est, sur une période allant de 2018 à 2022 qui n’est pas en adéquation avec l’actuelle programmation Pac qui se termine en 2020 », s’emporte la FNSEA dans un communiqué.

Qui de Pierre ou Paul va payer ?

Mêmes interrogations à la Coordination rurale (CR) : « D’où vient cette somme et sera-t-elle exclusivement réservée à la conversion bio ? Quid des autres financements du deuxième pilier comme l’ICHN et les MAEC ? »

Pas question pour la FNSEA de « déshabiller Pierre pour habiller Paul » ou, pour la CR, « de déshabiller Paul pour habiller Jacques ». Qu’importe les prénoms, la crainte est la même : « prendre au premier pilier pour abonder le second » ou compenser « par toute autre taxe franco-française qui créerait donc une distorsion de concurrence supplémentaire ».

Accompagner dans le temps

La Coordination rurale s’inquiète par ailleurs l’absence de réévaluation des conversions. « Selon les estimations de la section bio de la CR, il faut plus de cinq ans à une exploitation pour stabiliser son système (production, commercialisation, approvisionnement, etc.). Si le gouvernement est décidé à accompagner le développement de la bio, il doit allonger cette période de cinq ans pour assurer à toutes les exploitations une conversion stable et solide », estime-t-elle.

Quant à la Confédération paysanne, elle se dit très dubitative sur le volet budgétaire de ce programme Ambition bio. Elle s’interroge notamment sur la participation des agences de l’eau au dispositif. « Avec quels fonds ces agences vont-elles financer ces actions, elles qui ont déjà été ponctionnées de 200 millions pour 2018 ? Ou bien s’agit-il de fonds déjà dédiés à l’agriculture biologique qui vont être poursuivis ? »

La Conf’ s’interroge aussi sur les 630 millions d’euros annoncés. « Ne s’agit-il pas de sommes déjà affectées à la bio ? Comment le ministre peut-il s’engager sur cinq ans alors que le budget et la programmation de la prochaine Pac ne sont pas encore connus ? » Et pour 2018 et 2019 : « le ministère pourra-t-il tenir ces engagements en raclant les fonds de tiroir ou a-t-il décidé de dédier une partie du transfert entre piliers à l’agriculture bio ? Autant d’incertitudes laissent craindre un effet d’annonce sans réel budget. »

Alain Cardinaux