« Conflits d’intérêts », « omerta », « représailles »… Le documentaire diffusé sur France 3 mercredi 18 janvier 2017, dans l’émission Pièces à conviction, a dressé un portrait très noir de la FNSEA et de son « empire agricole ».

La journaliste Marianne Kerfriden explique avoir voulu enquêter sur le rôle du syndicalisme majoritaire dans la mobilisation de financements publics, comme lors de la sécheresse de 2011, dans l’attribution de terres via la Safer, ou encore dans l’orientation des politiques agricoles, avec le poids du lobbying auprès de parlementaires. « Nous avons découvert un syndicat tout puissant dont peu d’agriculteurs osent dénoncer les dérives », lâche sans ambages la voix off de son reportage.


Pièces à conviction. La FNSEA, un syndicat tout-puissant

Contre-attaque

Il aura fallu attendre la fin de l’émission pour entendre, par la voix du journaliste Périco Légasse, pourtant pas le plus tendre de ses détracteurs, que les responsables de la FNSEA sont démocratiquement élus… Mais de rappeler aussitôt que « quand on concentre autant de pouvoirs et qu’on est situation de monopole, on a une responsabilité de la situation », en référence à la crise agricole. Il est revenu à Daniel Prieur, secrétaire général adjoint du syndicat, de défendre sur le plateau la réputation des fédérations départementales, plaidant pour une « culture économique de filière qui amène de la valeur ajoutée sur un certain nombre de territoires ».

Le reportage était attendu et la « grande maison » a aussi organisé sa défense sur les réseaux sociaux. Ainsi, dès la veille et plusieurs heures avant la diffusion du programme, le compte Twitter de la FNSEA devançait les critiques en publiant, via le hashtag de l’émission « #PacFTV », de nombreux messages vantant ses actions ou dénonçant un « journalisme partial ».

La nuit même, une déclaration était publiée pour faire part de son « indignation » face à un « tribunal médiatique sans appel ». « En voulant se taper la FNSEA, on y interroge tous ses détracteurs, on y ressort l’ensemble des poncifs, on y assène des contre-vérités, voire pire », peut-on y lire.

Quelles conséquences ?

Ce n’est pas la première fois que la presse généraliste s’en prend au syndicat majoritaire. Le sport est même prisé depuis l’arrivée de Xavier Beulin à sa présidence, en 2010. « Cela fait un moment qu’on nous attaque sans débat, qu’on nous accuse sans réelle preuve, qu’on nous met au pilori sans tabou, égraine son communiqué du 19 janvier. Avant de conclure : « La FNSEA mérite mieux que cela. »

À deux mois de la fin du mandat de Xavier Beulin, cette tourmente médiatique peut-elle influer sur la désignation du futur bureau national ? Et sur les prochaines élections aux chambres d’agriculture qui auront lieu dans deux ans ? Si le fossé semble se creuser entre la FNSEA et le reste de la société, il faudra attendre 2019 pour savoir ce qu’en pensent réellement les agriculteurs.

Alain Cardinaux