L’étude, commanditée au cabinet de conseil Steward Redqueen, évalue les conséquences de la disparition de certaines substances actives en raison de l’actuelle législation fondée sur les dangers.

« De nombreux produits de protection des cultures sont progressivement éliminés, ce qui met sous pression non seulement les agriculteurs mais aussi l’environnement, l’emploi et l’économie », a résumé Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca (syndicats et coopératives de l’UE).

Dans ce contexte, Max Schulman, président du groupe de travail sur les céréales au sein du Copa-Cogeca, demande à ce « qu’une étude d’impact socio-économique soit faite avant toute nouvelle suppression de substance active ».

Des pertes de rendement atteignant 40 %

Selon l’étude, dans le cadre d’une approche basée sur les dangers (et non sur les risques), 75 substances actives (sur « 400 actuellement disponibles ») risqueraient d’être retirées du marché. « Cela va éroder les marges des agriculteurs et réduire la rentabilité des exploitations de 40 %, entraînant des pertes totales de 17 milliards d’euros », précise Luc Peeters, président du groupe de travail sur les questions phytosanitaires au sein du Copa-Cogeca.

Les pertes de rendements concerneraient : l’orge, le colza, le maïs et les cerises (perte de 10-20 %), les vignes (–20 %), les pommes de terre, betteraves sucrières, olives, tomates et agrumes (–30-40 %), les pommes (–60 %) et les carottes (–92 %).

Selon Max Schulman, les conséquences du retrait des produits phytosanitaires sont déjà visibles. Il cite pour exemple la culture du colza, « qui est en train de disparaître de certaines régions ». Depuis le retrait des insecticides à base de néonicotinoïdes, « il y a deux campagnes », elle est considérée comme une « culture à risque car la pression des ravageurs est accrue ».

Plus de 500 000 emplois menacés

L’étude s’est intéressée à sept cultures de « denrées de base » (1) et 24 « cultures spécialisées » (2) dans les « neuf plus gros marchés agricoles européens » (3). Les cultures ont été analysées séparément et sans prendre en compte les effets possibles d’une rotation des cultures spécifiques sur l’utilisation des pesticides.

Elle indique que le retrait de 75 substances actives impliquerait, via la diminution des marges, un risque de perte d’emploi moyen à élevé pour 360 000 emplois en cultures « de base » (30 % des 1,2 million d’emplois directs) et élevé pour 180 000 emplois directs en cultures dites spécialisées (60 % des 300 000 emplois).

Au-delà des emplois directs, « les transformateurs primaires européens pourraient avoir des difficultés d’approvisionnement », avec des « retombées [...] pour le consommateur [mais aussi pour] les partenaires commerciaux » de l’Union européenne.

9 millions d’hectares à cultiver en plus

« Sans les 75 substances actives, l’Europe est susceptible de dépendre des importations pour plus de 20 % de sa demande en denrées de base », précise le communiqué paru à la suite de la conférence de presse. En ce qui concerne les « cultures spécialisées », « les quantités d’importation suffisantes ne sont pas toujours facilement disponibles ». Dans ce scénario, pour nourrir l’Europe, il faudrait « 9 millions d’hectares de terres agricoles additionnelles, précise le communiqué. Cela correspond à la moitié de la surface agricole utile (SAU) du Royaume-Uni » [près de 32 % de la SAU française, NDLR] ».

(1) blé tendre, orge, maïs, colza, pomme de terre, betterave sucrière et raisin.

(2) blé dur, carotte, pomme, haricot, houblon, oignon, moutarde, champignon, tomate (plein air et serre), poire, pêche/nectarine, soja, noisette, olive, bulbe de tulipe, pommier, poivron, cassis, agrumes, cerise, tournesol et pois pour les pays sélectionnés.

(3) Autriche, France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Royaume-Uni.

Ana Cassigneul