Dans un communiqué de presse datant du vendredi 12 février 2016, Ségolène Royal demande à l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) une réévaluation immédiate de l’ensemble des produits phytosanitaires contenant du glyphosate et des coformulants de la famille des tallowamines et le retrait des autorisations de mise sur le marché des produits concernés présentant des risques préoccupants.

Faisant suite à des préoccupations sur les produits phytosanitaires contenant du glyphosate soulevées par le Centre international de recherche contre le cancer (Circ) en 2015, la ministre avait en effet saisi l’agence afin qu’elle identifie les conséquences des informations nouvelles soulevées.

Dans l’avis qu’elle vient de rendre, l’Anses estime que le niveau de preuve de cancérogénicité chez l’animal et chez l’homme peut être considéré comme relativement limité et ne permet pas de proposer un classement 1B (réunissant les substances dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé). De plus, au vu du niveau de preuve limité, la classification en catégorie 2 (suspectées d’être cancérogènes pour l’homme) peut se discuter sans que l’agence puisse se prononcer sur ce point en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études.

Compte tenu des résultats de la présente expertise, l’Anses estime toutefois nécessaire que le classement du glyphosate soit rapidement revu par l’Echa (pour European Chemicals Agency, en français : Agence européenne des produits chimiques).

Au-delà de la substance active et compte tenu du fait de l’exposition aux préparations et des préoccupations soulevées sur les coformulants, en particulier la tallowamine pour les préparations à base de glyphosate, l’agence poursuit ces travaux par la mise en place d’un groupe de travail sur les risques liés aux coformulants présents dans l’ensemble des préparations phytopharmaceutiques, avec une priorité donnée aux préparations à base de glyphosate.

Décision « inappropriée » pour la Plateforme Glyphosate France

Ségolène Royal prend acte de ces conclusions et elle invite notamment à retirer d’ici à la fin de mars les autorisations de mise sur le marché des préparations phytopharmaceutiques contenant ces coformulants présentant des risques préoccupants.

La Plateforme Glyphosate France, qui regroupe sept entreprises commercialisant des produits à base de glyphosate en France (Nufarm, Syngenta France, Dow AgroSciences, Adama France, Monsanto, Arysta Lifesciences et Cheminova Agro France), a jugé samedi « inappropriée » la demande de la ministre de l’Écologie d’interdire la commercialisation de certains herbicides contenant du glyphosate mélangé à des adjuvants à base d’amines grasses de suif (tallowamine). La Plateforme appelle par conséquent à éviter toute mesure précipitée, décidée avant même de connaître les résultats d’évaluation des risques des préparations, et qui ne saurait être sans conséquences pour les agriculteurs français.

Les firmes rappellent par ailleurs que le processus normal de réhomologation des désherbants à base de glyphosate suit son cours sur la base d’un dossier scientifique extrêmement exhaustif, défini par un règlement européen. Après plusieurs années de travail, la procédure concernant le glyphosate arrivera à son terme avec un vote des Etats membres au premier semestre de 2016.

C.Fr.