Dans une lettre ouverte datée du 23 juin 2016 adressée à Greenpeace, la Coordination rurale répond à la campagne menée depuis plusieurs mois par l’ONG contre la présence des pesticides dans les fruits et légumes de la grande distribution.

« Vous semblez penser que les fruits et légumes que nous produisons sont toxiques pour les consommateurs parce que nous les avons traités avec des produits phytopharmaceutiques, qui sont les médicaments préventifs ou curatifs des plantes, et ce malgré les multiples analyses de la DGCCRF prouvant que nos produits sont conformes à la réglementation et pour une grande partie d’entre eux totalement exempts de résidus », signale le syndicat.

La Coordination rurale ajoute encore : « Vous avez votre vision de la vie et de l’avenir. Mais jamais vous ne vous intéressez à nos métiers. Vous critiquez de l’extérieur, sans jamais avoir pris le temps de comprendre nos contraintes. Savez-vous qu’une grande majorité des agriculteurs dits « conventionnels » utilisent des traitements biologiques, biodynamiques, homéopathiques ? Avez-vous compté le temps qu’ils passent à observer leurs cultures et leurs troupeaux avant de décider d’une intervention dite « conventionnelle » ? Pensez-vous réellement encore qu’ils remplissent le pulvérisateur avec entrain ? »

« Nous importerons des fruits et légumes qui ne respectent pas les normes françaises »

« Vous vous attaquez à la grande distribution, et à travers les produits qu’elle propose, à notre profession. Mais en faisant cela, vous critiquez aussi les consommateurs, insiste le syndicat. Car ils ont le choix ! Ils ont le choix d’acheter français ou des produits importés. Ils ont le choix d’acheter bio ou conventionnel. Pourquoi leur imposer vos choix personnels ? Ils achètent aujourd’hui ce qu’ils souhaitent consommer. Mais allons encore plus loin. Vous voulez supprimer les produits phytopharmaceutiques de votre [et notre] alimentation. Ces produits sont homologués par l’État et l’Union européenne. C’est donc vers eux qu’il vous faut exercer votre lobby, pas auprès des producteurs et des commerçants. Après tout, demain, si nous agriculteurs n’avons plus de produits phytopharmaceutiques, eh bien ! nous ferons sans. Nous produirons moins, moins beau aussi, parfois moins sain également. Évidemment, nous ne pourrons pas produire au même prix et le prix des produits français augmentera. Déjà que nous ne sommes pas autosuffisants en Europe, nous augmenterons fatalement le déficit commercial alimentaire et nous importerons donc encore plus. Nous importerons donc, comme aujourd’hui, des fruits et légumes qui ne respectent pas les normes françaises environnementales (ni sociales d’ailleurs), qui seront donc traités avec des “pesticides” ailleurs, parfois même avec des produits phytopharmaceutiques interdits depuis 20 ans en France. Cela sera-t-il vraiment mieux pour le consommateur ? »

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