Les organisateurs de la journée ont été devancés pour ce qui était de l’accueil des participants. Le comité d’accueil du colloque sur l’exposition des populations aux pesticides organisé par l’Académie d’agriculture (1) à Rennes, le 14 mars au matin, n’était pas constitué d’académiciens, mais de victimes de pesticides et de citoyens les soutenant, sous l’égide du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest.

Un choix des intervenants peu équilibré, selon le Collectif

Raison de leur présence : selon eux, le but de ce colloque est de « rendre acceptable l’utilisation des pesticides », de faire des aménagements sur l’utilisation des phytos. Le collectif, dans un communiqué, regrette l’absence d’« intervenants de l’agriculture biologique, de l’agriculture paysanne, [des] phyto-victimes… mais aussi des représentants du ministère de l’Environnement, des universitaires spécialistes des maladies professionnelles, et même [de] la MSA qui dispose de chiffres sur les maladies liées aux pesticides ». Pour lui, « ça fait beaucoup ! »

Un besoin de davantage de connaissances sur les expositions

Le colloque était l’occasion pour les académiciens de réunir chercheurs, médecins, autorité sanitaire et instituts techniques agricoles pour partager les dernières connaissances relatives à l’exposition des populations aux pesticides et aux risques sanitaires encourus. Ainsi, les rapports de l’Inserm sur l’effet des pesticides sur la santé (2013) et de l’Anses sur les expositions des professionnels agricoles aux pesticides (2016) ont été présentés à un public constitué de 200 personnes travaillant dans des chambres d’agriculture, MSA, firmes phyto, agences régionales de santé, agences de l’eau, associations environnementales ou instituts de recherche.

Ce second rapport, présenté publiquement pour la seconde fois le 14 mars, fait notamment le constat d’un manque cruel de données sur l’exposition des professionnels agricoles aux pesticides et du fait « qu’aucun organisme n’a pris en charge la production de ces données ». D’où la nécessité d’en parler, puisque, comme il est indiqué en préambule par Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique, « il y a objectivement un certain nombre d’atteintes sanitaires avec des effets aigus et des effets chroniques ».

Réduction de l’utilisation ne rime pas toujours avec baisse de l’exposition

De plus, « l’exposition du travailleur n’est pas intégrée dans les stratégies de réduction des phytos », a indiqué Pierre Lebailly, maître de conférences en santé publique et porteur du projet Agrican (agriculture et cancer). Ses exemples : le fractionnement des doses de phytos, qui occasionne plus de passages, donc plus de situations d’exposition, et l’arrêt du labour, qui va de pair avec une augmentation de la consommation des herbicides.

A. Cas.

(1) En collaboration avec l’École des hautes études en santé publique (EHESP), l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) et avec le soutien de la MSA.