Le rapport sur l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides, qui a été publié le 25 juillet 2016, a été présenté le 28 juillet à la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, au siège de l’Anses (1) à Maisons-Alfort.

Conseil indépendant avant utilisation de produits « dangereux »

Dans un communiqué paru le même jour, Ségolène Royal présente deux mesures qui « sont à étudier » :

  • La soumission de l’utilisation des produits phytosanitaires les plus dangereux à deux conditions : elle ne serait envisagée que s’il « n’existe pas d’alternative » et faisant suite à un conseil indépendant prévu par le code rural. Les produits phytosanitaires concernés sont ceux qui sont classés « cancérigènes, reprotoxiques ou perturbateurs endocriniens », dangereux pour la santé humaine.

Ségolène Royal souhaite par ailleurs que l’Anses poursuive le processus de retrait des pesticides les plus dangereux.

  • La mise en place, à l’image du « Certiphyto », d’un « Certipesticide » pour les agriculteurs, avant qu’ils ne puissent acquérir et utiliser des pesticides. À la différence du « Certiphyto » mis en place en 2009, ce certificat attesterait d’une formation non pas sur les produits phytopharmaceutiques seuls, mais aussi sur les produits biocides, utilisés par les cultivateurs comme par les éleveurs (2). De plus, il ne serait pas obligatoire pour une seule personne par exploitation (comme c’est le cas pour le Certiphyto), mais « pour les exploitants et les salariés agricoles ».

Le 29 juillet, dans un communiqué, la Coordination rurale a exprimé son exaspération, qualifiant les annonces de Ségolène Royal d’« étonnantes et désespérantes ». Pour le syndicat, le « “Certipesticide” existe déjà ». La politique de retrait des pesticides jugés par la ministre comme « les plus toxiques », qui « démoralise et pousse à la ruine », pourrait « poser de graves problèmes » de production (qualité et quantité).

Vers une liste européenne de coformulants

Par ailleurs, la ministre a annoncé qu’elle « proposera à la Commission européenne que les coformulants utilisés dans les produits pesticides soient recensés » et que les plus dangereux (cancérigènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens) « soient interdits au même titre que les substances actives ».

À ce jour, un groupe de travail sur les risques liés aux coformulants est à l’œuvre au sein de l’Anses (3). En tête de liste, la POE-tallowamine a été interdite dans les formulations à base de cet herbicide (depuis le 20 juin en France et depuis le 11 juillet en Europe).

A. Cas.

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(1) Agence nationale de sécurité sanitaire.

(2) Ces derniers regroupent des produits destinés à l'usage vétérinaire, à la lutte contre les rongeurs, au contrôle des parasites (acariens, puces...) et au traitement des surfaces en contact avec des aliments.

(3) Comme annoncé dans l’avis du 9 février relatif à la cancérogénicité du glyphosate.