Cinq pesticides organophosphates sont classés cancérogènes « probables » ou « possibles » par dans un avis publié le 20 mars par l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé (IARC) .

Le glyphosate, présent notamment dans le Roundup, et les insecticides malathion et diazinon ont été classés cancérogènes « probables chez l'homme », même si les « preuves sont limitées », selon l'Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC), dont le siège est à Lyon.

Les insecticides tetrachlorvinphos et parathion, qui font déjà l'objet d'interdictions ou de restrictions dans de nombreux pays, ont pour leur part été classés cancérogènes « possibles », d'après des études sur animaux en laboratoire. 

Evaluation conduite par 17 experts de 11 pays

Le glyphosate, herbicide dont la production est la plus importante en volume dans le monde, est largement utilisé en agriculture mais aussi dans les forêts et par les particuliers dans les jardins. Le malathion est encore utilisé en agriculture dans le monde. En France, il est interdit depuis 2008 pour son usage agricole mais reste autorisé en médecine pour lutter contre les poux et la gale. L'utilisation du diazinon est en baisse depuis les restrictions imposées en 2006 par les Etats-Unis et l'Europe.

Les résultats de l'évaluation conduite par 17 experts de 11 pays montrent que du glyphosate a été retrouvé dans l'air, dans l'eau et dans la nourriture, mais l'IARC précise que la population générale est notamment exposée lorsqu'elle habite à côté de zones traitées. Les niveaux d'exposition observés sont toutefois « généralement bas », souligne l'agence.

Pour ce qui est des risques cancérigènes du glyphosate et des insecticides malathion et diazinon, l'IARC note qu'il existe des « preuves limitées » chez l'homme en ce qui concerne les lymphones non hodgkiniens, des cancers du sang. L'IARC cite également le cancer de la prostate pour le malathion et le cancer du poumon pour le diazinon.

La classification de l'IARC n'a aucun caractère contraignant pour les Etats

La classification de l'IARC n'a toutefois aucun caractère contraignant pour les Etats. « Il revient aux gouvernements et aux autres organisations internationales de recommander des réglementations, des législations ou des interventions de santé publiques », note l'Iarc dans son communiqué paru le 20 mars 2015.

Les risques ont été évalués en se fondant notamment sur des études d'exposition agricole menées notamment aux Etats-Unis et au Canada, ainsi que sur des animaux en laboratoires.

Mais l'Iarc indique avoir également tenu compte des travaux de l'agence américaine de protection de l'environnement qui, après avoir classé le glyphosate comme « cancérogène possible chez l'homme » en 1985, était revenue en arrière en 1991. Pour l'Iarc, il existe aujourd'hui « suffisamment de preuves de son caractère cancérogène à travers des expériences animales ».

Monsanto exprime son désaccord

Le groupe Monsanto, qui fabrique le Roundup, a exprimé vendredi son désaccord avec la classification de l'Iarc, relevant que celles-ci n'étaient pas basées sur de nouveaux travaux de recherche ou de nouvelles données scientifiques. La firme phytosanitaire souligne que le classement de l'Iarc n'a pas établi de lien entre le glyphosate et un risque accru de cancer et rappelle que l'Iarc, dans le passé, avait classé dans les « cancérogènes probables » des produits comme le café ou les téléphones portables.

Plusieurs experts, cités par le Science Media Center, restent pour leur part prudents. « Les preuves avancées apparaissent bien minces », a estimé le Dr Oliver Jones de l'Université de Melbourne, cité par l'AFP, tandis que le Prof Alan Boobis du Collège Impérial de pharmacologie biochimique de Londres souligne la difficulté d'établir « un lien de cause à effet ». Le comité britannique sur le risque carcinogène a évalué la situation à plusieurs reprises et a trouvé « peu d'indications en faveur d'un tel lien ».

« Générations futures » se félicite

En revanche, pour le Pr Andreas Kortenkamp, un toxicologue à Londres, « les autorités des membres de l'Union européennes doivent désormais se demander si les mesures existantes sont suffisantes pour protéger les consommateurs et les utilisateurs de pesticides des risques de cancer ».

L'association française de défense de l'environnement Générations futures s'est pour sa part félicitée de la classification de l'IARC qui « reconnaît la dangerosité avérée du glyphosate ». « Cette classification valide les études menées notamment sur le sujet par Gilles-Eric Séralini ». Générations futures demande « une réévaluation immédiate par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) du glyphosate et un retrait tout aussi immédiat des produits vendus en France à base de cette substance active ». Elle rappelle qu'elle avait lancé des procédures contre plusieurs herbicides à bas de glyphosate en 2010 « sur la base d'inquiétudes sanitaires ».

« Revoir la classification du glyphosate » (FNE)

France Nature Environnement (FNE), rappelant que le Roundup est l'herbicide le plus vendu dans le monde, demande « l'interdiction immédiate de la vente et de l'usage de cet herbicide en zones non agricoles, comme les forêts, jardins, parcs, et la voirie ».

En zones agricoles, l'organisation appelle la France à « agir immédiatement pour revoir la classification du glyphosate dans la réglementation européenne. » Pour Jean-Claude Bévillard, vice-président de FNE en charge du dossier Agriculture, « une classification par l'OMS n'implique pas automatiquement une classification par la réglementation européenne. Or, c'est à ce niveau que se décide l'autorisation des molécules. Une classification CMR 1b (cancérogène probable) au niveau européen permettrait le retrait des produits contenant du glyphosate. »

I.E. avec l'AFP