« Nous sommes surpris et préoccupés d’apprendre […] que la France pourrait voter, dans les prochains jours, en faveur de la proposition tablée par la Commission européenne pour l’élaboration de critères d’identification pour les perturbateurs endocriniens dans le cadre du règlement européen sur les pesticides », écrit la coalition EDC Free Europe dans une lettre datée du 20 juin 2017 et adressée au ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.

La proposition de Bruxelles, visant à fixer les critères définissant les PE dans les pesticides, est « insuffisante, impraticable et surtout non fondée sur l’état des lieux scientifique sur la question », insiste ce réseau de 70 ONG de la société civile.

C’est pourquoi, en vue de la nouvelle réunion annoncée au comité européen des pesticides le 4 juillet prochain, « nous vous demandons de rejeter la proposition actuellement sur la table », ajoutent les organisations.

« Alors que les ONG, les scientifiques et les citoyens attendent du gouvernement la même fermeté que le précédent sur ce dossier, l’absence de position officielle nous fait craindre un possible renoncement de la France, qui serait prête à voter des critères inacceptables », a dit mercredi le porte-parole de Générations Futures, François Veillerette, lors d’une conférence de presse.

« Attente forte des Français »

L’organisation a mis en avant les résultats d’un sondage réalisé par l’Ifop pour Générations Futures du 15 au 16 juin 2017 sur un échantillon de 1 011 personnes. « L’objectif était d’évaluer l’adhésion des Français à la poursuite et l’amplification de la politique de lutte contre les perturbateurs endocriniens, signale l’ONG. Le sondage montre que « les Français sont favorables, et ce à 90 %, à ce que le nouveau gouvernement poursuive et amplifie même la lutte contre les PE au niveau national et européen. »

« La position de la France n’est pas arrêtée », a dit le ministère de la Transition écologique à l’AFP. « On y travaille », a-t-on ajouté.

Depuis un an, les États membres de l’UE se sont réunis six fois pour tenter de s’accorder sur ce texte, plusieurs d’entre eux – la France, la Suède, le Danemark – demandant des critères plus protecteurs.

Un nouveau rendez-vous est fixé à Bruxelles le 4 juillet.

« Grande inquiétude » de la part d’endocrinologues

Le 15 juin, trois sociétés savantes d’endocrinologie ont écrit aux ministres européens de l’Environnement pour exprimer leur « grande inquiétude » face au projet de texte de la Commission.

« Les critères, tels qu’actuellement définis, ne permettront probablement pas d’identifier les perturbateurs endocriniens générant des dommages sur l’Homme, et ne garantiront pas un haut niveau de protection en matière de santé et d’environnement », s’alarment l’Endocrine Society, la Société européenne d’endocrinologie et la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique.

Elles estiment que le texte actuel impose une charge de preuve si élevée que rares seront les substances au final exclues. Les endocrinologues dénoncent aussi l’instauration d’une dérogation pour toute une catégorie de pesticides.

I.E., avec l’AFP