Les agriculteurs des trois pays baltes veulent une part plus équitable des subventions européennes et s'apprêtent à manifester contre la politique agricole commune (Pac) à Bruxelles lors du sommet sur le budget prévu les 22 et 23 novembre 2012.

Symbole de ce front commun, des paysans baltes ont pris la route de Bruxelles sur un vieux modèle de tracteur soviétique, décoré aux couleurs de ces trois pays. Parti de Tallinn (Estonie), le 16 novembre 2012, le tracteur devrait arriver à Bruxelles le 22 novembre 2012. Une centaine d'autres agriculteurs venus de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie s'y retrouveront pour manifester contre la Pac lors de l'ouverture du sommet européen.

« J'ai 60 vaches à lait et je fais pousser des céréales. Je reçois environ 30.000 euros d'aide par an, ce qui représente un tiers de mes revenus », explique un des protestataires, Bronius Markauskas, à Kedainiai (centre de la Lituanie), là où le tracteur a fait une pause dans sa route vers Bruxelles. « J'ai diminué les rations de soja et de colza pour que le lait soit moins cher à produire. Je ne peux plus développer mon exploitation. Pas question d'acheter de nouvelles bêtes, l'avenir est très incertain », a-t-il ajouté.

Avec une population totale de 6,3 millions d'habitants, ces trois Etats baltes figurent parmi les plus petits pays de l'Union européenne. Ils ont rejoint l'UE en 2004 lors de son élargissement à l'Est au-delà de l'ex-rideau de fer. Ces trois pays sont bénéficiaires nets du budget européen et profitent notamment des fonds de cohésion qui visent à aider les plus pauvres à rattraper leur retard et renforcer ainsi la cohésion au sein de l'UE.

Les agriculteurs baltes bénéficient du soutien de leur gouvernement même si l'heure est à un optimisme prudent dans un contexte de crise économique. « Il s'agit de l'une de nos priorités d'assurer des aides équitables dans l'Europe des 27 », a averti, mardi, le Premier ministre letton Valdis Dombrovskis. « Il est impossible d'être concurrent sur le marché intérieur de l'UE si certains pays reçoivent des subventions bien plus importantes que celles destinées aux agriculteurs baltes », a-t-il expliqué.

Le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics, a de son côté fixé deux « lignes rouges » : les fonds de cohésion doivent rester au moins à leur niveau actuel et les agriculteurs lettons, les moins bien subventionnés par la Pac, selon lui, doivent être désormais traités sur un pied d'égalité avec les agriculteurs d'autres pays.

Dans la Lituanie voisine, les agriculteurs devraient, en 2014, recevoir une subvention de 144 euros par hectare au titre de la Pac, contre 119 euros en 2012, mais leur objectif est d'arriver à la moyenne européenne, soit 296 euros.

En Estonie, « l'augmentation prévue de 40 euros à l'horizon de 2017 va faire passer l'aide actuelle de 117 à 156 euros par hectare, les subventions accordées aux agriculteurs estoniens vont rester parmi les plus basses en Europe », a déploré Aivar Kokk, le vice-président du comité des affaires rurales au Parlement estonien, dans une récente tribune publiée dans le quotidien Postimees.

Le montant de ces subventions a été déterminé par le niveau des rendements agricoles. Or, durant les 50 ans d'occupation soviétique, l'agriculture collectivisée se caractérisait par une productivité relativement faible.

Aujourd'hui, la faiblesse de ces subventions a des conséquences directes sur la vie des exploitations agricoles, qui connaissent en Lituanie un phénomène de concentration ces dernières années. Certaines cultures traditionnelles peu rentables, comme celle du lin, ont déjà disparu. Pourtant, l'agroalimentaire reste un secteur important de l'économie lituanienne. En 2011, 11,3 % des actifs y étaient employés et il compte pour 16,5 % dans le total des exportations du pays.

Outre la pérennité des exploitations agricoles, cette différence dans le montant des aides a également des conséquences sur la vie des villages. Mindaugas Maciulevicius, un agriculteur lituanien qui a développé un système de vente directe des paysans aux particuliers, s'inquiète d'un phénomène de désertification des villages dans son pays, le chômage entraînant un exode rural. « Les écoles, les centres culturels, les postes ferment tour à tour », constate-t-il.