Pourquoi produire pour les besoins mondiaux ? Telle était la question posée à la conférence régionale « Forum for the Future of Agriculture » (FFA), ce 25 janvier à Reims. Sébastien Abis, directeur du Club Demeter, a apporté la réponse : la population mondiale croît et « l’agriculture est un déterminant pour la paix ».

Puis très vite, la question qui a occupé l’assemblée était : « Comment produire plus ? » Une partie de la réponse réside dans la réforme de la Pac post-2020. Une politique publique que les co-organisateurs de la conférence, ELO (1), Syngenta et l’AGPB (Association des producteurs de blé), veulent voir renforcée pour relever les défis de l’agriculture européenne : les prix bas agricoles, la sécurité alimentaire, la préservation de la biodiversité et le changement climatique peuvent être des menaces pour l’agriculture. Mais FFA Régional veut en faire des opportunités.

Diminuer l’impact des risques sur les exploitations

Entre production et protection de l’environnement, difficile d’orienter les aides. Le premier objectif de la Pac doit être d’assurer un revenu aux agriculteurs, mais aussi de mieux contribuer à la diminution de l’impact des risques sur les exploitations, concèdent tous les intervenants. Ils ont aussi convenu que la préservation des écosystèmes alimentaires était indispensable. Pour Catherine Geslin-Lanaelle du ministère de l’Agriculture, cela passe notamment par un renforcement du verdissement de la Pac « pour encourager à produire plus de biomasse et mieux ». Mais plutôt que des contraintes tous préconisent des encouragements et revendiquent la liberté d’entreprendre.

Pour Céline Charveriat, directrice de l’Institute for European Environmental Policy, il faut faire vite. Si l’accord de Paris vise l’échéance 2050 pour limiter l’augmentation de la température à 2 degrés, et donc arriver à un objectif à terme de zéro émission nette, elle estime que la Pac doit se fixer des objectifs intermédiaires « chiffrés et scientifiquement rigoureux », dès maintenant. Elle précise aussi qu’il « ne faut pas charger la barque de la Pac. La Pac est essentielle, mais réussir la pour l’agriculture exige un ensemble de nouvelles réglementations dans de multiples secteurs liés à l’aménagement du territoire mais aussi la grande distribution […] Il faut également concevoir un plan holistique quant aux besoins financiers (publics et privés) nécessaires à la transition ».

Innovation et technologies de l’information

Pour réinventer l’agriculture du 21e siècle, les participants au FFA misent sur l’innovation et l’application des technologies de l’information à l’agriculture. « Grâce à des outils de précision, à de nouvelles techniques de sélection des plantes et à une bonne coopération entre agriculteurs et institutions, de meilleures récoltes pourraient être réalisées tout en réduisant les pressions sur l’environnement. »

« Produire plus et mieux est le mot d’ordre des céréaliers français », a résumé Pierre-Olivier Drège, directeur général de l’AGPB. Pourtant, les céréaliers restent inquiets quant à la question de savoir si l’Europe leur permettra d’en tirer le plein bénéfice.

Arielle Delest

(1) Organisation européenne des propriétaires fonciers.