Alain Rival, chercheur au Cirad (1), spécialisé dans la culture de l'huile de palme, appelle à « ne pas stigmatiser toute une filière », accusée de détruire la forêt tropicale, qui est aussi source de développement pour certains pays.

Avec la volonté de sortir d'un débat « souvent irrationnel », le chercheur a présenté cette semaine un ouvrage co-écrit avec l'agro-économe Patrice Levang : « La palme des controverses » (éditions Quae).

La culture de palmiers à huile a contribué en Asie du Sud-Est à la déforestation de forêts abritant une faune et une flore exceptionnelles. L'habitat de mammifères comme les singes gibbons ou les orangs-outans a été fortement réduit, au point de mettre en danger leur survie.

L'expansion de cette culture a eu « un impact environnemental désastreux », reconnaît Alain Rival, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) qui travaille depuis une vingtaine d'années sur cette plante.

Mais elle « a aussi eu un impact socio-économique globalement positif », fait-il valoir. La cultiver, « c'est la possibilité de sortir de la pauvreté des populations rurales auxquelles on ne peut pas refuser ce droit, cette aspiration », dit le chercheur  l'AFP.

« Il ne faut pas stigmatiser toute une filière sans la connaître », poursuit-il en mettant en avant des pratiques agricoles très variées (des groupes industriels aux parcelles familiales) et la part des petits planteurs (40 %) en Indonésie et en Malaisie qui concentrent 85 % de la production mondiale.

Sur l'île de Sumatra (Indonésie) par exemple, « sur le cycle complet d'une plantation, le revenu moyen à l'hectare s'élève à 2.100 euros contre 200 euros pour le riz », relève-t-il. « La filière a déjà énormément évolué, comme a pu le faire la viticulture chez nous, qui est aussi dans certaines régions une monoculture », fait-il valoir.

« En Indonésie, sur les 21 millions d'hectares de forêt primaire ayant disparu entre 1990 et 2005, 3 millions seulement correspondent à la création de palmeraies », souligne-t-il. Il reconnait quand même qu'« on a du mal à contrôler le développement du palmier à l'huile » face à une demande qui explose et des rendements à l'hectare inégalés.

Pas de pesticides

Le palmier occupe 7 % des surfaces agricoles en produisant 39 % de l'huile végétale mondiale devant le soja, le colza et le tournesol. Et, en l'absence de parasite, pas besoin de pesticides.

Le chercheur appelle à « être réaliste » : « Dans les prochaines décennies, la demande va continuer à augmenter », notamment dans les pays émergents à forte croissance démographique.

« Le défi n'est pas d'empêcher l'expansion de l'huile de palme mais de favoriser des modes de développement minimisant les impacts sur la biodiversité et les populations locales », estime-t-il. Autrement dit, « faire cohabiter surfaces agricoles et espaces naturels » mais, prévient-il, « il n'y aura pas zéro déforestation ».

Si la protection de la biodiversité passe par la sanctuarisation de certains lieux, les choix agronomiques sont multiples : pratiques moins intensives, mais aussi mise en culture de terres déjà défrichées, comme des savanes, et augmentation de rendements par sélection de plantes. « L'Afrique est le terrain d'expérimentation pour cela », dit-il.

Quant aux rendements, « la marge est énorme », pense le chercheur, grâce à des plants qui donnent jusqu'à 12 tonnes à l'hectare. Très prometteur mais pas forcément simple : « Cela implique de structurer tout un circuit de pépinières ». « Ça marche bien au Bénin, mais il y aussi des fraudes ailleurs ». Selon lui, face aux mauvaises pratiques, la voie de la certification d'une huile plus durable via l'organisme RSPO (Roundtable sustainable palm oil), est juste – même si elle doit être perfectionnée – et le boycott par les pays du Nord serait « une erreur grossière ».

« Le marché du Nord ne représente que 17 % de la consommation mondiale » et « les entreprises engagées dans une culture plus durable verraient leurs efforts annulés et reviendraient en arrière », avertit Alain Rival. La preuve, selon lui, c'est que les ONG comme Greenpeace ou WWF, tout en étant critiques sur le niveau d'exigence et la lenteur du processus, siègent à la RSPO.

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(1) Cirad : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.