« Indignez-vous ! Entrez en résistance ! Rejoignez le combat ! Devenez Planteur volontaire d'OGM ! ». Ainsi se termine un billet du 9 janvier 2012 écrit par Yann Kindo, sympathisant de Lutte ouvrière, sur son blog hébergé par le site Mediapart.

Réagissant la semaine dernière à une actualité particulièrement riche en matière d'OGM, et notamment l'annulation par le Conseil d'Etat de l'interdiction de planter du maïs Mon 810 en France formulée par le gouvernement en 2008, Yann Kindo demande à qui l'entendra d'« épuiser » les faucheurs volontaires dont il dénonce la dérive obscurantiste (arrachages de variétés de colza ou tournesol obtenues par mutagénèse ou de vignes expérimentales à l'Inra de Colmar), en plantant du Mon 810 partout où on le peut.

« Avec quelques copains », cet enseignant en histoire et géographie, chercheur en histoire du communisme et des sciences, a décidé de créer, à contre-courant de la bienséance citoyenne et de manière « informelle », le mouvement des « Planteurs volontaires d'OGM ». Les Planteurs volontaires « seront insaisissables, ils n'auront ni structure ni direction, ils fonctionneront comme un réseau d'activistes indépendants », explique-t-il.

« L'idée est simple, explique Y. Kindo : épuisons les Faucheurs volontaires en plantant dans nos jardins et sur nos terrasses du maïs Mon 810, aussi longtemps que ce n'est officiellement pas interdit. Que mille épis fleurissent, comme disait à peu près le président Mao, et que les Faucheurs ne sachent plus où donner de la tête ! »

Car, souligne ce militant de gauche, sympathisant de Lutte ouvrière, avec l'abandon du moratoire, « une petite fenêtre s'ouvre pour les OGM dans l'Hexagone cette saison, et on ne peut pas exclure que des agriculteurs courageux – ou téméraires – décident de semer la variété qui, à l'heure actuelle, n'est de fait plus bannie ».

Il précise bien évidemment qu'ils « désobéiraient au gouvernement, puisque NKM (Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie, NDLR) a immédiatement déconseillé de le faire et annoncé le lancement d'une nouvelle clause de sauvegarde ». Quant à Bruno Le Maire, son homologue de l'Agriculture, il a réaffirmé également jeudi 19 janvier, lors du congrès d'Orama (Union des grandes cultures), son opposition à un maintien de l'autorisation de planter le Mon 810 pour la campagne de semis à venir, quelques jours après avoir reçu les opposants à la culture du Mon 810 rue de Varenne.

Pour sa part, Yann Kindo, s'adressant aux Faucheurs de son département de résidence, l'Ardèche, prévient qu'ils pourront trouver ses plants d'OGM sur son terrain « en face des pruniers, sur la colline au-dessus de la ruche, près de l'arbre où il y a le nichoir pour chouettes hulottes ». Il pousse l'ironie jusqu'à rassurer les éventuels Faucheurs réquisitionnés pour la défense de leur cause : « J'ai enlevé tout ce qu'il y a comme grilles ou barbelés, c'est facile d'accès, à condition de ne pas se fouler la cheville dans la pente. » Et de solliciter au passage, sur un ton moqueur, leur « dynamisme arracheur pour en finir avec les ronces, voire pour ériger quelques mètres de murs de pierres sèches ».

Au-delà de la boutade provocatrice, cette sortie de Yann Kindo stigmatise un fait irréfutable : les OGM ne sont ni de droite, ni de gauche, mais ce sujet polémique relève d'une opposition entre raisonnement scientifique et calcul politique, sur fond de sentimentalisme citoyen exacerbé.

B.V.