Corinne Lepage, députée européenne, a dénoncé, le 28 novembre 2013 lors d'une conférence de presse à Bruxelles, « les pressions pour la dépublication de l'étude du professeur Séralini sur les rats nourris avec des OGM et la mainmise des lobbies sur le processus de décision sur les OGM ». Cette publication, parue en septembre 2012 dans la revue Food and Chemical Toxicology, avait fait l'objet d'un fort emballement médiatique.

« Les pressions pour la dépublication de l'étude du Pr Séralini montrent à quel point l'industrie biotech est en mesure de contrôler la production scientifique elle-même. On assiste à une véritable prise de pouvoir des lobbies, et c'est extrêmement préoccupant pour nos sociétés », estime Corinne Lepage, en soulignant que « la publication du Pr Séralini pose les bonnes questions sur la toxicité à long terme des OGM et de l'herbicide Roundup. »

Selon la députée, « l'industrie est capable d'intervenir sur qui reçoit les financements, de nuire à la réputation des scientifiques qui publient des résultats en leur défaveur, et, lorsque cela est le cas, de faire pression pour faire retirer les articles. Surtout, l'industrie est trop bien représentée dans les instances officielles d'expertise. C'est toujours le même processus. Par exemple, le Pr Ignacio Chapela, qui avait révélé la contamination du maïs mexicain par des OGM en publiant un article dans Nature en 2001, avait dû faire face, comme d'autres scientifiques, à de fortes pressions pour le retrait de son article. »

« Ces pressions s'inscrivent dans un contexte généralisé d'offensive en faveur des OGM. Le président Barroso a nommé un conseiller scientifique à la Commission, Mme Anne Glover, qui fait régulièrement des déclarations pro-OGM, et la Commission a récemment proposé – pour la première fois depuis 1996 – l'autorisation d'un maïs OGM à la culture en Europe. Par ailleurs, les conflits d'intérêts restent nombreux à l'Efsa, l'agence européenne en charge de l'évaluation des risques des OGM », poursuit Corinne Lepage, qui demande « le retrait de Mme Glover de son poste de conseiller scientifique à la Commission.

« Par ailleurs, le rapport sur les interdictions nationales d'OGM, adopté à une large majorité par le Parlement en juillet 2011, s'était prononcé en préalable pour une amélioration de l'indépendance de l'évaluation des risques des OGM, qui reste à venir. Il est temps que le Conseil des ministres cesse de bloquer ce dossier et en discute au plus vite », a conclu Corinne Lepage.

De son côté, le chercheur français Gilles-Eric Séralini a dénoncé, lors cette même conférence de presse, « des pressions insupportables » pour « le retrait de son étude », soulignant que l'éditeur de la revue Food and Chemical Technology n'avait relevé « ni fraudes, ni mauvaise interprétation des données » dans son étude. Les résultats présentés, s'ils ne sont pas incorrects, ne permettent pas de conclure, a estimé le responsable éditorial de la revue dans un courrier à M. Séralini, daté du 19 novembre 2013, rapporte l'AFP. En conséquence, l'article a été retiré de la revue.

« Nous maintenons nos conclusions », a répondu Gilles-Eric Séralini, dans une réponse adressée à la revue, dont un groupe de scientifiques avait évalué l'étude avant sa publication, conformément aux règles habituelles.

Interrogé par l'AFP, le scientifique a relié cette décision de retrait à « l'arrivée, dans le comité éditorial de la revue, de Richard Goodman, un biologiste qui a travaillé plusieurs années chez Monsanto ». « Un débat scientifique reposé n'est pas une raison pour retirer un article ; seulement un cas de fraude ou une erreur peut le justifier », a-t-il ajouté.

Dans sa lettre, le responsable éditorial de la revue, A. Wallace Hayes, explique qu'un panel de chercheurs a réexaminé les données de l'étude et estimé que « l'article devait être retiré ». « L'auteur a accepté de fournir toutes les données demandées », poursuit-il en soulignant sa « coopération » et « son engagement dans le processus scientifique ».

A. Wallace Hayes rejette les accusations de « fraude » ou « de représentation fausse et intentionnelle des données » parfois lancées contre Gilles-Eric Séralini. Le responsable éditorial met en cause à la fois le nombre de rats dans chaque groupe étudié ainsi que la race choisie pour l'expérimentation.

« Concernant la race et le nombre de rats utilisés, nous estimons que le débat n'est pas scientifiquement fondé », avance Gilles-Eric Séralini. Le biologiste cite des exemples d'études de long terme ayant utilisé la même race de rats (Sprague-dawley). Sur la taille des groupes de rats étudiés (10 animaux), il défend le fait que son étude n'est pas une cancérogénèse (formation d'un cancer) mais une étude de toxicité chronique avec le maximum de paramètres biochimiques, pour laquelle 10 animaux par groupe sont suffisants.