Tôt jeudi matin, la Zad, dont les accès étaient bouclés par les gendarmes, s’est réveillée au son des tirs de grenades lacrymogènes et d’un hélicoptère qui survolait la zone, tandis que les zadistes avaient mis le feu à plusieurs barricades et défendaient leurs lieux de vie à coups de cocktails Molotov.

Cette opération est lancée un peu plus d’un mois après les premières évacuations sur le site, initialement prévu pour un aéroport auquel le gouvernement a renoncé en janvier après des décennies de controverses.

Cinq squats étaient ciblés jeudi matin dont « La Châteigne », « PuiPlu », « la Vosgerie » et « la Lande de Rohanne », tous à l’ouest de la D81.

Environ 80 personnes faisaient face aux forces de l’ordre, selon les gendarmes, qui estiment à environ 200 le nombre d’opposants radicaux présents sur la Zad sur un total de 400 personnes.

« On a en face de nous une centaine de personnes, les jusqu’au-boutistes, les gens qui sont juste là pour le fight », a considéré le général Richard Lizurey, directeur général de la Gendarmerie nationale.

« Il y a des centaines de personnes à s’opposer aux machines de destruction et à la police. Tous les lieux de vie sont importants et des gens sont là pour les défendre. Les discussions avec la préfecture, c’est un enfumage. Sur le terrain, c’est expulsions et destructions », a défendu Camille (prénom générique des zadistes), un jeune homme brun.

À « PuiPlu », un huissier de justice établissait peu avant 07h00 un inventaire du lieu de vie, vidé de ses occupants, répertoriant livres, gazinière ou poêle Godin, tandis qu’à « La Châteigne » sept personnes ont été expulsées, selon les gendarmes.

Bulldozer et huissier

Peu après 08h00, les cinq squats visés étaient sécurisés et les huissiers avaient terminé leurs constatations et procédures d’expulsion. Un calme relatif est revenu ensuite, marqué par quelques accrochages sporadiques.

« L’idée, c’est de faire descendre le niveau de violence pour que le dispositif soit le plus calme possible. Ils viennent au contact mais ce n’est pas agressif, ils vont se décourager tout seuls », a estimé le général Lizurey.

Dans un campement d’une dizaine de tentes, les gendarmes ont notamment découvert plusieurs bombes artisanales. Un bulldozer a dégagé les barricades et rebouché les tranchées du chemin de Suez, ouvrant le passage aux engins de chantier afin de procéder à la destruction des squats.

Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, assure que les habitats visés sont ceux d’occupants qui « refusent toute discussion et rejettent l’idée d’occuper ces terres de façon légale ».

« Ceux dont le dossier a été accepté et ceux dont le dossier est en cours d’instruction » ne sont pas concernés par cette évacuation, a confirmé sur place le général Richard Lizurey.

« Ceux qui ont un projet ne sont pas visés »

« L’objectif pour nous, c’est que les choses se passent bien », a ajouté le patron de la gendarmerie qui a communiqué aux zadistes la liste des squats qui vont être évacués « de manière à ce qu’il n’y ait pas de surprise. »

« Au mois d’avril, tout le monde avait l’impression d’être visé. C’est pour cela que ce matin je suis allé leur dire que ceux qui avaient un projet n’étaient pas visés », a-t-il expliqué en fin de matinée.

Il a précisé que 19 escadrons de gendarmerie, dont deux en réserve, étaient présents, soit 1 500 à 1 700 militaires. Selon la gendarmerie, une dizaine de squats au total seront évacués durant l’opération qui « va durer quelques jours ».

« Dès que tout est déconstruit, on quitte la zone. Si c’est reconstruit on reviendra le lendemain, le surlendemain... Depuis le mois d’avril, on a déconstruit un certain nombre de reconstructions », a ajouté le patron de la gendarmerie.

« On va continuer à vivre ici et si ça les emmerde, tant mieux. Tout le monde veut donner un sens à sa vie et c’est ce qu’il se passe ici. C’est pour ça que les gens nous soutiennent », a expliqué Camille, une jeune femme brune.

Cette évacuation survient trois jours après l’annonce par le gouvernement d’une régularisation rapide d’une quinzaine de projets agricoles déposés par des occupants de la Zad. Ces projets représentent environ 170 hectares de terres agricoles sur les 270 ha sur lesquelles des zadistes ont déposé des projets agricoles, selon la préfète de la Région des Pays de la Loire, Nicole Klein.

Au total, le site comprend 1 650 hectares de terres agricoles et non agricoles.

Lors de l’opération d’expulsion qui avait eu lieu en avril, 29 habitats avaient été détruits sur les 97 que comptait la Zad.

AFP