Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, a plaidé vendredi auprès des agriculteurs bretons la nécessité impérative de se mettre en conformité d'ici à la fin de septembre avec la directive européenne sur la qualité des eaux, sous peine d'une forte amende.

«Nous sommes le dos au mur» face à Bruxelles, a répété à plusieurs reprises M. Barnier, en rencontrant plusieurs dizaines d'agriculteurs inquiets lors de la visite de deux exploitations à Trémeur (Côtes-d'Armor), puis à Ploudaniel (Finistère).

Bruxelles «nous a donné quelques semaines pour faire la preuve de la bonne volonté de l'engagement de la France auquel elle ne croyait plus d'ailleurs, pour dire la vérité», sur la question des nitrates, a dit M. Barnier, soucieux de s'exprimer «sans démagogie».

La Commission a donné jusqu'à la fin de septembre à la France pour se mettre en conformité avec une directive européenne de 1975 limitant à 0,50 mg/l le taux de nitrates dans l'eau, sous peine de transmettre le dossier à la Cour de justice européenne. La France pourrait alors écoper d'une très forte amende, de plus de 28 millions d'euros.

Neuf bassins versants bretons, dont ceux sur lesquels M. Barnier a effectué une visite vendredi – Arguenon et Aber Wrac'h –, ne sont pas encore en conformité avec cette directive.

«Nous sommes dans l'urgence, dans l'alerte rouge; sauf à dire qu'on laisse le dossier aller devant la Cour de justice», a insisté M. Barnier.

Il a souligné que «le fil de la discussion avec Bruxelles était très ténu» et qu'il se devait de rétablir une «double confiance»: avec la Commission et avec les agriculteurs sur le terrain.

M. Barnier a toutefois précisé aux agriculteurs qu'on ne réglerait pas cette question «contre vous ou sans vous, mais avec vous, avec des efforts communs». «Il y a des objectifs sur lesquels on ne peut pas revenir», a-t-il répété. Ces mesures sont onéreuses et «il faudra que la solidarité nationale soit là», a-t-il dit.

«On est totalement sous le contrôle de Bruxelles» sur ce dossier, a ajouté M. Barnier. «On doit "faire avec". L'engagement que je prends, a-t-il dit, c'est de trouver toutes les marges de flexibilité», en termes financiers ou techniques.

Comme à Trémeur un peu plus tôt, la soixantaine d'agriculteurs présents à Ploudaniel sur l'exploitation porcine et laitière que visitait le ministre lui ont fait part d'«un gros malaise» face à cette pression européenne.

«Il peut y avoir des drames. Le moral est vraiment très, très bas», a expliqué l'un des intervenants.

Un membre d'un collectif de femmes, créé il y a une quinzaine de jours après une tentative de suicide d'un exploitant, a également jugé très préoccupante la situation car «des drames humains se profilent déjà».