Les réactions s’enchaînent à la suite du vote par les députés de l’interdiction des insecticides de la famille des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018. Satisfecit ou mécontentement, revue des principaux arguments.

Ainsi Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, s’est dit réjouie « que la France prépare son avenir et protège la santé et les pollinisateurs. « Il faut avoir le courage d’appliquer le principe de précaution », insiste Ségolène Royal dans un communiqué, tout en demandant l’accélération de la recherche et de la fabrication des produits de substitution.

Un vote également salué par la Fondation Nicolas Hulot, qui prévient qu’elle restera « mobilisée pour que cette interdiction soit maintenue jusqu’à l’adoption finale de la loi ». L’association Agir pour l’environnement a regretté, de son côté, que les parlementaires aient aussi décidé le report de l’interdiction de 2017 à septembre 2018. « Entre ce vote et l’interdiction définitive prévue dans 1 000 jours, plus de 800 000 colonies d’abeilles auront disparu en France ! », estime l’association, qui voit là l’effet des « pressions du ministre de l’Agriculture et du président du groupe socialiste qui ont mis tout leur poids dans la balance » contre l’interdiction. Un délai que regrette également l’Unaf (Union nationale de l’apiculture française), même si elle se réjouit de l’interdiction en tant que tel. « C’est une vraie satisfaction, mais pas une victoire », écrivent les apiculteurs.

« Cette décision doit être le signal d’un changement d’axe des politiques publiques en direction d’une véritable agroécologie paysanne », insiste par ailleurs la Confédération paysanne. Le syndicat agricole minoritaire rappelle que les alternatives existent : « Il faut mettre en place une politique de soutien à leur développement. »

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, est plus nuancé. Il avait adressé quelques jours auparavant aux parlementaires, une lettre pour les appeler à ne pas faire de telles « interdictions brutales » au seul niveau français, par souci affiché d’éviter les distorsions de concurrence. Vendredi, il a ainsi salué le rejet par l’Assemblée nationale de l’interdiction brutale au 1er janvier 2017 de ces insecticides.

« L’urgence, est désormais l’évaluation des solutions de substitution au regard de leur efficacité pour la lutte contre les ravageurs et de leurs impacts sur la santé et l’environnement et, en particulier, sur les abeilles », informe le ministre dans un communiqué paru vendredi. Stéphane Le Foll a saisi ce jour l’Anses à cet effet. « Sur la base de cet avis, la France saisira la Commission européenne afin que les restrictions éventuelles puissent s’appliquer dans l’ensemble de l’Union européenne. »

Par ailleurs, le ministre de l’Agriculture annonce que « la France s’opposera au niveau européen les 22 et 23 mars prochains à la demande de l’Allemagne soutenue par l’Autriche d’augmenter les limites maximales de résidus de thiaclopride autorisées dans les miels. » Le pays qui n’autorise pas l’usage de semences enrobées de néonicotinoïdes pour le colza, comme la France d’ailleurs, permet en effet deux applications de néonicotinoïdes pendant la floraison contre une seule autorisée en France. En conséquence, les apiculteurs allemands sont confrontés à une impossibilité de respecter la norme actuelle alors que celle-ci l’est pour les miels produits en France.

Il reste que tous ces arguments ne satisfont pas du tout les céréaliers pour qui le vote des députés est « absurde, dramatique et contre-productif ». Selon l’AGPB, l’AGPM, la CGB et la Fop, la mesure vient « handicaper » les agriculteurs concernés en « créant une nouvelle source de distorsion de concurrence face à leurs voisins européens ». « L’Anses recommande un encadrement des pratiques mais en aucun cas l’interdiction des néonicotinoïdes », jugent les producteurs de grandes cultures. Ils estiment par ailleurs que la mesure « fait courir un risque accru de résistance des insectes ravageurs et d’augmentation des quantités utilisées. »

La FNSEA s’interroge également : « Où sont les engagements de Manuel Valls du 3 septembre réitérés le 17 février de règles similaires entre les producteurs français et les autres producteurs européens ? Elle demande « au gouvernement et aux sénateurs de respecter le bon sens et le principe de réalité lors de la deuxième lecture au Sénat ».

Du côté des industriels, c’est aussi la déception. L’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) « déplore » le vote de l’Assemblée nationale qu’elle trouve « injustifié, contraire à la réglementation européenne, qui accélère les distorsions de concurrence et qui nie la réalité des besoins du monde agricole et va conduire à des impasses agronomiques ». Tandis que pour l’UFS (Union française des semenciers), cette interdiction « met en danger le secteur semencier français ». Elle n’est pas la solution au déclin de populations d’abeilles, qui est un phénomène multifactoriel. Par contre, elle impactera la production de semences en France qui ne bénéficiera pas de solutions techniques efficaces contrairement à nos compétiteurs. »

Dans son communiqué de presse du 22 mars 2016, la Coordination rurale et l’OPG (Organisation des producteurs de grains) veulent « attirer l’attention des sénateurs qui examineront en deuxième lecture la loi sur la biodiversité » sur le fait que « les agriculteurs n’achètent ces produits coûteux que parce que leurs récoltes en ont besoin, à l’image des malades qui ont besoin de médicaments pour se soigner. Pour cette raison, ils ne peuvent pas admettre une décision prise sous l’influence d’associations et alors qu’elle ne devrait l’être que par des experts compétents. »

I.E.