À partir du 1er septembre 2018, l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes sera interdite en France, comme le prévoit la loi « Pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » du 8 août 2016. Des dérogations pourront être octroyées pour certains usages jusqu’au 1er juillet 2020. Quelles seront les alternatives possibles pour chaque culture et pour chaque usage ? C’est sur ce sujet que planche l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), qui doit recenser et évaluer tous les produits de remplacement, chimiques et non chimiques.

Un travail d’ampleur, dont une première partie a été publiée mardi 21 mars. Il s’agit de la méthodologie élaborée par les experts de l’Anses afin d’identifier les alternatives aux néonicotinoïdes et de comparer leur efficacité et leur opérationnalité. Une telle méthodologie n’existait pas encore. Elle a été validée sur l’exemple de la lutte contre la cicadelle de la vigne, agent responsable de la flavescence dorée. Chaque méthode de lutte contre la cicadelle a été caractérisée en fonction de son efficacité, de sa durabilité (en termes de risques d’apparition de résistance), de son opérationnalité et de sa praticité de mise en œuvre.

Des alternatives mises en évidence pour la vigne

Sur cet exemple de la cicadelle, l’étude montre qu’il existe des méthodes chimiques suffisamment efficaces pour se substituer aux néonicotinoïdes (pyréthrinoïdes, organophosphorés…). Cependant, « ce constat ne préjuge pas des conclusions relatives aux risques pour la santé humaine et l’environnement (y compris les pollinisateurs) », précise l’Anses. Cette évaluation fera l’objet de rapports ultérieurs.

La seule solution non-chimique présentant autant d’efficacité et le moins de risques de résistances est l’arrachage des plants porteurs de flavescence dorée. Le traitement à l’eau chaude et l’utilisation d’huiles ou de poudres minérales sont d’autres méthodes non-chimiques présentant une efficacité plus faible.

Toutes les alternatives évaluées d’ici fin 2017

Selon l’Anses, l’efficacité des méthodes de lutte alternatives est parfois peu documentée, rendant malaisée leur évaluation. L’agence « souligne la nécessité de conduire des recherches en faveur du développement d’outils de lutte biologique […] ou de médiateurs chimiques et des approches génétiques ou agroécologiques ». La méthodologie développée par l’Anses et validée sur la cicadelle de la vigne sera appliquée à l’ensemble des usages des néonicotinoïdes d’ici à fin 2017.

Suite à la parution de ce rapport, Stéphane Le Foll réaffirme dans un communiqué « la nécessité d’évaluer, pour chacune des solutions alternatives, leurs incidences économiques et pratiques pour les exploitations agricoles ».

De son côté, Ségolène Royal rappelle que « l’action de la France sur les néonicotinoïdes permet de faire avancer les actions au niveau européen ». Dans son communiqué, la ministre annonce qu’un projet de la Commission européenne sera en effet présenté aux Etats-membres jeudi 23 mars, afin d’élargir les restrictions d’usages des néonicotinoïdes au niveau européen.

Adèle Magnard