Selon une étude néerlandaise publiée mercredi dans la revue Nature, les insecticides néonicotinoïdes affectent également les oiseaux, peut-être en décimant les insectes dont ils dépendent pour se nourrir.

Cette étude va dans le sens d'une récente évaluation internationale qui avait conclu que certains pesticides parmi les plus utilisés dans le monde, dont certains néonicotinoïdes, avaient des effets néfastes non seulement sur les abeilles mais aussi sur les papillons, les vers de terre, les oiseaux et les poissons.

Les chercheurs néerlandais ont quant à eux constaté une baisse des populations de 15 espèces d'oiseaux différentes de 3,5 % par an, entre 2003 à 2010, dans des régions des Pays-Bas où l'eau de surface contenait des concentrations importantes de l'un de ces pesticides, l'imidaclopride.

Cette baisse coïncide avec l'utilisation croissante d'imidaclopride, substance chimique très utilisée dans le pays, souligne l'étude conduite par Caspar Hallmann, chercheur à l'université de Radboud à Nijmegen.

Les quantités utilisées de ce néonicotinoïde, autorisé en 1994 aux Pays-Bas, ont été quasi multipliées par dix jusqu'en 2004, rapporte l'étude.

Les chercheurs estiment que cet insecticide aurait pu avoir un effet négatif sur les oiseaux en les privant de nourriture. Les insectes constituent en effet une part importante du régime alimentaire des oiseaux en période de reproduction. Neuf des quinze espèces suivies par les chercheurs se nourrissent exclusivement d'insectes et l'ensemble des espèces en donnent à leurs jeunes pour les nourrir.

« Nos résultats suggèrent que l'impact des néonicotinoïdes dans l'environnement est même plus important que ce qui avait été rapporté dans le passé », soulignent les chercheurs.

L'imidaclopride fait partie de trois néonicotinoïdes interdits temporairement – et pour certaines cultures – depuis le 1er décembre 2013 au niveau européen en raison de leurs effets sur la santé des abeilles.

Dans un commentaire publié dans Nature, Dave Goulson, biologiste à l'université britannique du Sussex, juge l'étude convaincante bien qu'elle ne se base que sur un lien de corrélation entre concentrations de pesticides et baisse des populations d'oiseaux sans établir formellement le lien de cause à effet entre les deux.

Seulement 5 % de l'ingrédient actif du pesticide est absorbé par le végétal traité, souligne-t-il. Une grande partie de la substance pénètre dans le sol et l'eau du sol, où elle peut persister des mois, voire des années – cela peut prendre jusqu'à 1.000 jours pour que la concentration diminue de moitié dans certains sols.