Décidément, la lettre du ministre de l’Agriculture aux députés où il s’oppose à « l’interdiction brutale » des néonicotinoïdes ne cesse de faire le buzz. À l’occasion du débat sur le projet de loi sur la biodiversité, les députés ont réintroduit en commission l’interdiction, à compter de 2017, de ces insecticides accusés d’être nocif pour les abeilles.

Dans un courrier du 15 mars 2016, Delphine Batho, l’ancienne ministre de l’Écologie, Jean-Paul Chanteguet, le président de la Commission du développement durable, et Gérard Bapt, spécialiste des questions de santé et d’environnement, répliquent point par point au ministre. Ils détaillent leur nouvel amendement, qui sera examiné dans l’Hémicycle. Ils suggèrent notamment que l’interdiction des néonicotinoïdes s’applique en septembre 2017, « et non pas en janvier, au regard du cycle cultural ».

Une possibilité de dérogation

De plus, « une possibilité de dérogation » à l’interdiction serait prévue « afin que ces substances puissent être utilisées en cas de danger grave pour les cultures lorsqu’il n’existe pas d’alternative ». Ils soulignent que leur proposition « s’inscrit dans le prolongement des premières décisions prises par la France », telles l’interdiction du Cruiser OSR sur le colza en 2012 et la restriction d’usage de trois substances actives de la famille des néonicotinoïdes à l’échelle européenne en 2013.

Il existe un « consensus scientifique sur les effets toxiques aigus des néonicotinoïdes » et leur utilisation « n’a baissé que de 3 à 4 % en moyenne » en France ces dernières années, rappellent les trois députés.

« Nous sommes profondément convaincus qu’il existe aujourd’hui une convergence d’intérêts entre agriculteurs et apiculteurs au regard de la menace que fait planer sur l’ensemble de l’agriculture l’effondrement des populations de pollinisateurs », plaident-ils.

Dans sa lettre datée du 11 mars 2016, le ministre voulait convaincre les parlementaires d’éviter « l’interdiction brutale » des néonicotinoïdes dans le projet de loi sur la biodiversité. Il précisait qu’il voulait éviter les « distorsions entre les agriculteurs français et le reste des agriculteurs européens » en interdisant ces substances en France uniquement, précise-t-il.

AFP