En allant dans les studios de RMC/BFM TV lundi matin, Stéphane Travert s’attendait-il à déclencher une véritable tornade médiatique ? En déclarant au micro de Jean-Jacques Bourdin vouloir revenir sur la loi du 8 août 2016 interdisant les néonicotinoïdes, le nouveau ministre de l’Agriculture a provoqué des réactions nombreuses et immédiates, preuve s’il en fallait encore de la fébrilité qui règne autour de ce sujet.

« La loi votée par le dernier quinquennat n’est pas conforme avec le droit européen », a déclaré le ministre, estimant que des dérogations devraient être accordées pour certains usages qui se trouvent dans des impasses techniques. « Je demande du temps pour que la recherche puisse trouver des solutions lorsqu’il n’y a pas de produits de substitution », a-t-il poursuivi.

Arbitrage rendu par le Premier ministre

Stéphane Travert a indiqué que c’était « sa position », mais qu’il était prêt à travailler avec « son collègue Nicolas Hulot » afin de « mettre sur la table une proposition ». Il a ajouté que l’arbitrage serait rendu par le Premier ministre.

Le ministre de l’Écologie a immédiatement contesté ces propos, en indiquant dans un tweet que « les interdictions de néonicotinoïdes », notamment, « ne seront pas levées, les arbitrages ont été rendus en ce sens ». « Dès lors que la santé est mise en cause, je ne veux faire aucune concession », a-t-il également déclaré lors d’une interview lundi.

La réaction du Premier ministre ne s’est également pas fait attendre. « Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016 », a précisé Matignon dans un communiqué. « La Commission européenne ayant émis certaines observations sur la réglementation française afin de s’assurer de la conformité du droit français, un travail est en cours avec les autorités européennes », a-t-on également indiqué de même source.

Les associations « choquées »

Un « couac » entre ministres qui montre, selon l’Unaf, que dans le domaine de la gestion des pesticides « rien n’est acquis », puisqu’il « a été envisagé très sérieusement de revenir sur [l’interdiction des néonicotinoïdes] malgré les preuves scientifiques aujourd’hui irréfutables de leur toxicité pour les abeilles, les pollinisateurs sauvages, l’environnement et la santé humaine ». Générations Futures s’est déclarée « choquée par ces mesures envisagées qui constitueraient de véritables régressions en matière d’environnement et de santé », et la Fondation pour la Nature et l’Homme a dénoncé « un retour en arrière inacceptable pour les citoyens », rappelant « que le candidat Macron avait, durant la campagne, déclaré vouloir s’engager dans la transition écologique ».

La Confédération paysanne a réagi le 27 juin, en rebondissant sur les épandages aériens et les PNPP, exigeant des éclaircissements. Ce même jour, la Fédération nationale des chasseurs s’est réjouie de l’arbitrage du Premier ministre concernant le maintien de l’interdiction dès 2018 des néonicotinoïdes. Elle « souhaite que l’on ne revienne pas sur cette interdiction qui introduit néanmoins des dérogations jusqu’en 2020 afin de permettre aux agriculteurs et aux industriels de s’adapter. »

Quelques politiques ont également réagi aux propos de Stéphane Travert. Pour Dominique Potier (PS), député de la Meurthe-et-Moselle, « des avancées importantes pour réduire l’usage des pesticides » ont été obtenues sous le précédent quinquennat. « Le gouvernement vient d’envoyer un signal clair et nous en sommes rassurés », estime-t-il dans un communiqué.

« Je suis le ministre de ceux qui produisent »

De leur côté, les producteurs de grandes cultures représentés par l’AGPB (Association générale des producteurs de blé), l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs), la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) et la Fop (Fédération des oléoprotéagineux) saluent les propos de Stéphane Travert. « Nous soutenons pleinement la position portée ce matin par le ministre de l’Agriculture qui, en l’absence de solution alternative, laisserait les agriculteurs accéder aux meilleures solutions disponibles qui restent à ce jour les néonicotinoïdes », ont-ils déclaré dans un communiqué commun.

« Je suis le ministre de ceux qui produisent mais aussi de ceux qui consomment », a déclaré Stéphane Travert dans son interview sur RMC/BFM TV. Aura-t-il suffisamment de marge de manœuvre au sein du gouvernement pour contenter les uns et les autres ?

A.M.