La Commission européenne n'a pas pleinement traité la question de la mortalité des abeilles et de la probabilité qu'elle soit liée à l'utilisation de certains néonicotinoïdes, a plaidé mardi le médiateur européen. Il a donc ouvert une enquête, prévient-il dans un communiqué.

Faisant suite à une plainte introduite par le Collège des médiateurs autrichien, alléguant que la Commission a omis de prendre en compte de nouvelles preuves scientifiques plaidant en faveur de la limitation de l'utilisation des néocotinoïdes tels que la clothianidine, le thiamethoxam, le fipronil et l'imidaclopride, le médiateur européen, P. Nikiforos Diamandouros, demande à ce que la Commission tienne compte des nouvelles preuves scientifiques et prenne des mesures appropriées, telle que la révision de l'autorisation des substances concernées prévue à l'article 21 du règlement 1107/2009, afin de résoudre le problème.

A la fin de mars, le site Science Express a publié deux articles issus de travaux sur les effets des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sur les abeilles et les bourdons.

La deuxième étude menée par Mickaël Henry de l'Inra d'Avignon a montré que les abeilles exposées au thiamethoxam (la molécule active du Cruiser de Syngenta, NDLR) avaient deux ou trois fois plus de risques de mourir à l'extérieur de leur ruche, les décès se produisant « probablement parce que le pesticide interférait avec le système de localisation de la ruche des abeilles ».

Selon le chercheur, ces résultats permettaient de soulever « la question importante des procédures d'autorisation des pesticides. Jusqu'à présent, elles demandaient surtout aux fabricants de s'assurer que les doses rencontrées sur le terrain ne tuaient pas les abeilles, mais elles ont complètement négligé les conséquences de doses non létales qui peuvent cependant provoquer des problèmes de comportement », a fait savoir Mickaël Henry.

De son côté, Syngenta avait estimé que l'étude de l'Inra sur l'effet du thiamethoxam sur les abeilles publiée dans Science, « est fortement éloignée de la réalité ». Bien qu'« innovante et intéressante », elle comporterait « au moins deux biais fondamentaux », selon le fabricant du Cruiser.

La réglementation en vigueur dans l'UE prévoit un processus d'examen concernant l'autorisation de ces substances au cas où de nouvelles preuves scientifiques indiqueraient qu'elles ne remplissent plus les critères d'approbation comme, par exemple, si elles constituent une menace pour la santé animale, fait valoir le médiateur.

Le problème de l'augmentation de la mortalité des abeilles a également fait l'objet d'un certain nombre de questions parlementaires à la Commission européenne au cours des dernières années, indique le médiateur. En 2011, la Commission a déclaré qu'elle était consciente de la toxicité des néonicotinoïdes, rappelle-t-il. Cependant, elle a fait valoir que leur utilisation devrait être possible si le traitement est limité à des niveaux non nocifs.

Le médiateur a demandé à la Commission de soumettre un avis sur la question pour le 30 juin 2012.

B.V.